Longtemps symbole d’un avenir énergétique plus propre, les énergies renouvelables connaissent un ralentissement inattendu. Dans son dernier rapport annuel publié mardi, l’Agence internationale de l’énergie constate que la progression du solaire, de l’éolien et de l’hydraulique reste soutenue, mais moins rapide qu’espéré. L’AIE prévoit désormais que la capacité mondiale d’énergie renouvelable « atteindra 2,6 fois son niveau de 2022 d’ici à 2030 », alors qu’elle tablait encore l’an dernier sur un quasi-triplement.
Un coup de frein venu des deux géants mondiaux
Pour l’AIE, ce ralentissement s’explique d’abord par des décisions politiques majeures prises aux États-Unis et en Chine, deux pays qui représentent à eux seuls plus de la moitié des investissements mondiaux dans les renouvelables.
Outre-Atlantique, la suppression anticipée des incitations fiscales fédérales et la révision de plusieurs dispositifs d’aide ont refroidi le marché. Ces changements ont conduit l’AIE à réviser à la baisse de près de 50 % ses prévisions pour les États-Unis par rapport à 2024. Ce revirement fragilise de nombreux projets solaires et éoliens, souvent dépendants de ces aides pour rester rentables.
En Chine, le ralentissement découle d’une réforme du mode d’achat d’électricité verte : le pays est passé d’un système de tarifs réglementés, garantissant la stabilité des revenus, à un système d’enchères où les prix sont déterminés par le marché. Résultat : la rentabilité des nouveaux projets s’est érodée, poussant les investisseurs à temporiser.
Ces deux évolutions combinées expliquent la baisse de 5 % des prévisions mondiales par rapport à l’an dernier, selon l’AIE. L’agence prévoit désormais une augmentation de 4 600 gigawatts (GW) de capacités d’ici à 2030, contre plus de 5 500 GW attendus auparavant.
Un équilibre mondial en mutation
Ce ralentissement des géants ne signe pas pour autant le déclin du secteur. D’autres régions du monde accélèrent, à commencer par l’Inde, l’Europe et plusieurs économies émergentes.
L’Inde, en particulier, s’affirme comme le deuxième moteur mondial des renouvelables. Sa capacité devrait être multipliée par 2,5 en cinq ans, portée par d’importants programmes solaires et la volonté gouvernementale de réduire la dépendance au charbon.
En Europe, les perspectives sont légèrement revues à la hausse, notamment grâce aux performances de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et de la Pologne, qui multiplient les parcs solaires et éoliens. Même tendance positive au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où les prévisions progressent de 25 %, dopées par des projets hybrides combinant solaire et stockage.
Ainsi, si la Chine conserve son leadership incontesté, le centre de gravité de la croissance mondiale se déplace progressivement vers le Sud et l’Ouest.
Le solaire en tête, la géothermie en plein essor
Le rapport de l’AIE souligne que le solaire photovoltaïque restera le pilier de la transition énergétique, représentant à lui seul 80 % des nouvelles capacités installées d’ici à 2030. Ce dynamisme s’explique par la baisse continue des coûts de production et la rapidité d’installation des panneaux solaires.
L’éolien terrestre devrait également presque doubler de capacité d’ici à 2030, malgré des retards persistants dans les autorisations et des coûts de matériaux en hausse. En revanche, l’éolien en mer recule légèrement, pénalisé par des politiques moins favorables aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Autre tendance notable : la géothermie, longtemps marginale, est sur le point d’atteindre des niveaux historiques de développement, notamment aux États-Unis, au Japon et en Indonésie. L’AIE y voit un potentiel sous-exploité, particulièrement utile pour assurer une production d’énergie stable et décarbonée.
Enfin, l’hydroélectricité conserve un rôle crucial. Grâce aux stations de transfert d’énergie par pompage, elle offre une capacité de stockage essentielle pour équilibrer les réseaux électriques de plus en plus dépendants des sources intermittentes.
Une transition sous tension
Ce ralentissement ne remet pas en cause la montée en puissance des énergies renouvelables, mais il fragilise les objectifs climatiques mondiaux. Le triplement des capacités d’ici 2030, défini à la COP28, était considéré comme un minimum pour maintenir la trajectoire de l’Accord de Paris.
En deçà de cette cible, le monde risque de rester dépendant plus longtemps des énergies fossiles. Or, comme le rappelle l’AIE, les combustibles fossiles représentent encore plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Pour relancer la dynamique, l’agence appelle à stabiliser les politiques publiques, à renforcer les incitations financières et à accélérer les procédures d’autorisation. L’enjeu n’est plus seulement technologique, mais aussi politique : sans visibilité ni cohérence, même les énergies les plus vertes peuvent perdre de leur éclat.
En clair, la transition énergétique avance toujours — mais moins vite qu’il ne le faudrait pour sauver le climat.











Intéressant, mais pourquoi les États-Unis et la Chine ont-ils changé leur politique ? 🤔
Encore une fois, la politique vient tout gâcher… 😤
Merci pour cet article détaillé, c’est inquiétant de voir ce ralentissement !
Les incitations fiscales aux USA étaient-elles vraiment efficaces ?
La Chine et ses enchères, ça va vraiment marcher à long terme ?
Je suis curieux de voir comment l’Inde va s’en sortir dans cette transition.
Est-ce que l’Europe peut vraiment compenser ce ralentissement mondial ?