Fusion TF1-M6 : face aux plateformes de SVOD, l’heure de la concentration a sonné

Fusion TF1-M6 : face aux plateformes de SVOD, l’heure de la concentration a sonné
Réglementaire

En vente depuis plusieurs mois, le groupe M6 a finalement trouvé preneur. TF1 Groupe va acquérir 30% des parts de M6, détenues par le groupe Bertelsmann. Les deux géants de la télévision privée française, TF1 et M6, vont donc fusionner. Ce rapprochement vise à répondre à la concurrence grandissante des plateformes de SVOD. La nouvelle entité contrôlera 70% du marché publicitaire télévisuel français.

Face à la place grandissante des plateformes de SVOD dans le paysage audiovisuel mondial, les grands groupes télévisuels ont-ils d’autres choix que de s’unir pour faire face ?

Pour répondre à la concurrence de la SVOD, les groupes télévisuels vers des fusions en chaînes ?

Certes, la plupart des acteurs « classiques » de la télévision tentent de lancer leurs propres plateformes, comme les chaînes françaises avec Salto, mais ces offres ne semblent pas en mesure de concurrencer en profondeur les mastodontes du secteur. Proposer un abonnement de complément ou de niche, probablement, mais rien qui puisse rivaliser avec la puissance de Netflix, Amazon Prime Video, HBO Max ou Disney +.

Pour maintenir leur rentabilité avec un nombre de spectateurs en baisse, les groupes télévisuels doivent donc, sur le long terme, se repenser en profondeur ; en attendant une éventuelle mutation, la concentration permet, sur le court terme, de réaliser des économies d’échelle, et donc de maximiser les profits – ou de minimiser les pertes.

AT&T marie WarnerMedia à Discovery, et Bertelsmann unie TF1 et M6

C’est la logique derrière deux annonces de cette mi-mai 2021. Le 17, AT&T, l’opérateur télécom américain, annonçait la fusion de l’ensemble de ses activités de communication et de divertissement, sous la bannière WarnerMedia, avec le groupe Discovery. Le nouveau géant devrait mieux faire face aux transformations des goûts et attentes du public.

Dans la foulée, ce 18 mai 2021, le Figaro a révélé la fusion programmée entre TF1 et M6. Actuellement, M6 Group est détenue à 48,5% par RTL Group, à 7% par la CNP (groupe d’investissement non-coté en Bourse) et à 44% par des actions à la Bourse de Paris.

Le groupe allemand Bertelsmann, qui détient 75% de RTL Group, avait mis en vente environ 30% des actions de M6, voici plusieurs mois. Après plusieurs semaines de négociation, un accord a été trouvé avec Bouygues, via sa filiale TF1 Groupe. Cette dernière va donc acheter ces 30% de M6 pour 641 millions d’euros, afin de sceller la fusion entre les deux entités. Bertelsmann continuera de contrôler environ 16 % du capital pour, selon le Figaro, « faciliter les négociations auprès de l’Autorité de la concurrence et pour profiter pleinement des synergies qui pourront être mises en place entre les deux groupes ».

Nicolas de Tavernost va prendre la tête du nouveau groupe TF1-M6

Nicolas de Tavernost, actuel président du directoire de M6, qui a su maximiser la rentabilité du groupe, se voit offrir le poste de PDG de la nouvelle entité. Gilles Pélisson, actuel PDG du groupe TF1, prendra la tête des activités médias et développement du groupe Bouygues.

La finalisation de cette fusion pourrait prendre environ 18 mois, notamment le temps d’obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence et du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Rien d’évident, car le nouveau groupe occupera une position ultra-dominante sur le marché de la télévision privée en France.

La fusion face aux autorités de contrôle de la concurrence

En effet, les recettes publicitaires du groupe TF1 ont atteint en 2020 1,41 milliard d’euros ; celles du groupe M6 830 millions d’euros. Soit un total, pour les deux entités, représentant plus de 70% du marché publicitaire télévisuel français ! De quoi s’attirer l’opposition immédiate de L’union des marques, le syndicat des annonceurs, qui craint que cette position hégémonique ne permette au nouveau groupe de tirer les prix des spots vers le bas.

Pour autant, l’opération semble avoir obtenu l’accord tacite de l’exécutif. Depuis l’annonce de la mise en vente de M6 et le début des rumeurs sur une éventuelle fusion avec TF1, ni le Ministère de la Culture, ni l’Elysée n’ont donné leur avis, positif ou négatif, sur une telle opération. Ce qui laisse supposer que la création d’un mastodonte des médias français ne pose pas de problèmes aux pouvoirs publics…

Reste que la procédure de validation devrait prendre du temps, et pourrait receler son lot de surprises. Affaire à suivre, donc…