Enquête sur un « Monsieur-tout-le-monde », revendeur d’IPTV illégale

Enquête sur un « Monsieur-tout-le-monde », revendeur d’IPTV illégale
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Depuis quelques années, l’IPTV illégale est le nouveau mode de piratage en vogue. Les accès frauduleux aux contenus payants sont en général créés par des groupes criminels organisés, traqués par les services de police internationaux, et parfois liés à la mafia. Mais ces accès sont ensuite diffusés largement par des centaines de « petits revendeurs » locaux. Gros plan sur l’un d’entre eux, que nos collègues de Numerama ont rencontré.

La popularité de l’IPTV illégale ne faiblit pas. La crise sanitaire, imposant des restrictions à la circulation des personnes un peu partout dans le monde a renforcé l’attrait pour ces services d’abonnements frauduleux, nécessitant de disposer d’un terminal dédié (boitiers IPTV, mais aussi, plus simplement, certaines Smart TV ou la plupart des smartphones…).

L’IPTV illégale : un marché colossal, adossé à des réseaux criminels

Dans un pays comme la France, l’explosion des services de SVOD et la fragmentation de l’offre des contenus sportifs entre plusieurs chaines payantes ont encore accentué ce phénomène. Un rapport, publié à l’été 2020, faisait état d’un marché mondial de 2 milliards de dollars pour l’IPTV illégale, de 10% d’utilisateurs parmi les foyers américains et de risques considérables pour les utilisateurs de voir leurs propres appareils piratés.

Pour proposer une offre IPTV illégale, il faut disposer d’accès à des contenus payants, pour les grouper en véritables « bouquets » de chaînes ou de services de SVOD, à des tarifs bien inférieurs à ceux de l’offre légale. Pour créer ces « bouquets », des réseaux criminels doivent s’organiser, souvent à travers plusieurs pays et sous la coupe de groupes mafieux, en piratant un grand nombre d’accès légaux pour lesquels un abonnement est payé. Le contenu payant, ainsi piraté, est ensuite diffusé à des centaines d’utilisateurs, contre un abonnement.

Portrait d’un revendeur français d’IPTV illégale, véritable « Monsieur-tout-le-monde »

Si certains de ces réseaux revendent directement ces contenus, via leurs propres services d’abonnement, la plupart font appel à des revendeurs locaux. Ces derniers peuvent être des criminels, mais aussi des personnes lambda, qui arrondissent leurs fins de mois par ce biais.

Nos collègues de Numerama ont récemment rencontré un revendeur d’IPTV illégale en France, qui se présente sous le pseudonyme d’Arnaud. Il n’explique pas, logiquement, comment il obtient les accès frauduleux. Mais il détaille, en revanche, son mode opératoire ensuite : «  J’achète des accès et je les revends, c’est tout. Ce sont juste des codes à rentrer. La plupart des gens ont déjà le matériel, que ce soit un boîtier, une télé connectée ou un smartphone  », explique cet habitant de la région toulousaine.

« Je suis petit, mais je ne veux pas grossir, car c’est risqué »

Il propose des abonnements au mois ou l’année, pour des contenus en HD, voire en 4K, avec des paiements via des plateformes dématerialisées. Pour démarrer ce business, un revendeur d’IPTV illégale propose en général ses offres sur des marketsplaces dédiées, voire directement sur les réseaux sociaux. Mais une fois la pompe amorcée, ce démarchage n’est plus nécessaire. « Je ne fais même plus de pub. Avant je grattais sur Facebook, maintenant les clients viennent tout seul  », explique-t-il.

Cette activité lui rapporte quelques centaines d’euros par mois : « Je suis petit, mais je ne veux pas grossir, car c’est risqué. Certains ont plusieurs serveurs, donc plus de choix. Ça ne m’intéresse pas », expose le revendeur.

L’ALPA bloque huit services d’IPTV en France

Depuis l’automne 2019, Europol et Eurojust ont fait tomber plusieurs réseaux d’IPTV illégales, d’abord en Italie et en Grèce, ensuite en Espagne, puis à nouveau en Italie, et enfin en Suisse et en Italie. Début janvier 2021, en France, c’est l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) qui annonçait « le blocage de huit services illégaux de télévision par internet  », via une décision de justice du 17 décembre 2020, qui imposaitaux fournisseurs d’accès à internet (FAI) de suspendre l’accès à ces huit noms de domaines durant 18 mois.

« Nous ne sommes pas naïf, il y a toujours moyen de contourner ce blocage, quelles que soient les mesures que l’on prend, mais ça n’est pas forcément à la portée de tout le monde. Le but c’est d’abord de faire comprendre aux gens qui s’abonnent à ces services que c’est une pratique illégale. Il est évident que, fort de cette jurisprudence, on va la décliner de manière plus importante sur d’autres services  », précise Frédéric Delacroix, délégué général de l’ALPA.

Pour autant, la France dispose encore d’un arsenal juridique insuffisant pour faire face à cette technique de piratage. Avec la pandémie, la réforme de la HADOPI, et sa fusion avec le CSA, a été repoussée en même temps que la loi Audiovisuelle. Le blocage dynamique devrait prochainement être mis en place : certes efficace contre le piratage de contenus sportifs, il ne suffira pas à lui seul à endiguer la vague de l’IPTV en France.

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