Pourquoi Meta (et Facebook) ne vont pas quitter l’Europe…

Pourquoi Meta (et Facebook) ne vont pas quitter l’Europe…
Réglementaire

La presse européenne bruisse de rumeurs sur un départ possible de Meta, et donc de Facebook et d’Instagram, de l’Union Européenne. Certes, cette éventualité est bien évoquée dans le rapport sur les résultats financiers du groupe, publié récemment. Mais il faut y voir une menace stratégique (qui ne sera jamais mise à exécution), plus qu’une réelle volonté de Meta.

Début février 2022, Meta a publié ses résultats financiers : un document de 134 pages, destiné à ses investisseurs et aux marchés financiers, où le groupe indique que, si les lois européennes s’entêtent à vouloir le contraindre à héberger ses données en Europe, l’entreprise pourrait y suspendre une partie de ses activités, dont Facebook et Instagram, durant le premier semestre 2022.

Meta craint que les lois européennes le contraignent à héberger les données d’Européens dans l’Union Européenne

A l’origine de cette menace, une décision que la DPC (Data Protection Commission), l’autorité irlandaise en charge de la protection des données (l’équivalent de la CNIL), pourrait prochainement prendre. En vertu du RGPD, et sous pression de l’Union Européenne et de la Cour de Justice Européenne, la DPC pourrait en effet interdire aux entreprises américaines dont le siège social est en Irlande (dont Meta) d’héberger les données d’Européens en dehors d’Europe.

Une telle mesure obligerait Facebook à revoir toute l’infrastructure de ses données, à construire massivement des data-centers ou à stocker ses données chez des hébergeurs européens, le tout en garantissant un respect des standards européens de défense de la vie privée. Une opération coûteuse, que Meta ne semble pas déterminé à faire.

En menaçant de quitter l’Europe, Meta veut d’assurer le soutien de ses financiers

« Si un nouveau cadre de transfert transatlantique de données n’est pas adopté et que nous ne sommes pas en mesure de continuer à nous appuyer sur d’autres moyens pour transférer les données de l’Europe vers les États-Unis, nous serons probablement incapables d’offrir un certain nombre de nos produits et services les plus importants, y compris Facebook et Instagram, ce qui pourrait avoir un effet négatif important sur notre activité, notre situation financière et nos résultats », indique ainsi Meta dans son rapport.

Pour autant, comme le rappellent nos collègues de Numerama, ce document est à destination des financiers : il vise sans doute à les sensibiliser, et à les motiver à soutenir le groupe dans la lutte qui pourrait s’ouvrir avec l’Union Européenne. En gros : Meta s’attend à une bataille médiatique et juridique, et se ménage des soutiens puissants pour y faire face.

L’Europe pèse 15 % des utilisateurs et un quart des revenus de Meta

Car, non, Meta ne peut pas se permettre de quitter l’Europe. Cette dernière représente en effet 15 % des utilisateurs des différents réseaux et applications du groupe. Elle pèse surtout un poids considérable sur ses revenus : chaque utilisateur européen rapporte certes trois fois moins qu’un utilisateur nord-américain, mais aussi quatre fois plus qu’un utilisateur asiatique.

Sur les 33,7 milliards de dollars de chiffre d’affaire de Meta durant le quatrième trimestre 2021, l’Amérique du Nord pèse 15,8 milliards (47%), l’Europe 8,4 milliards (24,9%), l’Asie-Pacifique 6,3 (18,7%), et le reste du monde 3,2 (9,5%).

Certes, l’Union Européenne ne représente pas toute l’Europe, surtout depuis le Brexit, mais elle génère probablement au moins 20 % des revenus du groupe. Meta ne peut pas renoncer à une telle manne.

Vers une bataille médiatique pour mettre la pression sur l’Union Européenne ?

Donc, si la DPC valide bien l’obligation de localisation européenne des données des utilisateurs européens, Meta va mettre la pression sur l’Union Européenne pour reculer. Le groupe pourrait même agiter cette menace de départ pour obtenir le soutien de ses millions d’utilisateurs. La manœuvre serait risquée, car la réputation de Facebook a fortement pâli des scandales à répétition de ces dernières années.

Et une guerre médiatique pourrait faire ressurgir la part la plus sombre de Meta, révélée avec éclat par les Facebook Files – refus de supprimer les pages facilitant l’esclavage humain ou l’enrôlement de terroristes, incitant à la haine ou à la violence, ou même favorisant des génocides comme celui de Rohingyas…

Mais l’année 2022 s’annonce, en tout cas, décisive pour l’avenir de Meta, quel qu’il doive être !

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