Plateformes juridiques : d’un marché extrêmement concentré à une pléthore de « legal tech »

Plateformes juridiques : d’un marché extrêmement concentré à une pléthore de « legal tech »
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Le droit arrive au bout de sa mue. Des plateformes et des services plus innovants les uns que les autres se multiplient désormais pour rendre les services juridiques plus efficaces, rapides et bon marché.

Le milieu juridique aura pris son temps pour enclencher sa transition numérique. Ces quatre dernières années, il semble l’avoir faite à marche forcée. Résultat: une myriade d’offres et de plateformes juridiques innovantes, rassemblées sous l’appellation « legal tech », se sont engouffrées dans la brèche, aux Etats-Unis comme en Europe, et viennent alimenter le marché.

Leurs potentiels clients, autrefois bien souvent cantonnés aux services des « Big Four », n’ont plus que l’embarras du choix. Un moteur de recherche conçu par l’université de Stanford répertorie pas moins de 1.257 legal tech actuellement en activité. Une cartographie réalisée par Legal Geek, une communauté dédiée à la promotion des innovations juridiques, recense quant à elle 250 start-up du secteur sur le seul continent européen. Toutes viennent répondre à des besoins aussi sensibles et variés que la recherche documentaire, les outils de preuve électronique ou encore la résolution de litiges en ligne.

Un boom affirmé

L’innovation s’est définitivement frayée un chemin dans un milieu pavé de fortes contraintes réglementaires et concurrentielles. Ce tout jeune marché des « legal tech » suscite depuis une convoitise grandissante. En témoigne, en juillet dernier, le rachat par Thomson Reuters de HighQ, une plateforme sécurisée et collaborative de partage de fichiers, qui compte parmi ses clients plus de la moitié des 100 plus grands cabinets d’avocats au monde. Ainsi de Clifford Chance, Freshfields Bruckhaus Deringer, Dentons, White & Case ou encore Shearman & Sterling.

Avec ce rachat, le géant de l’information des professionnels des secteurs financier, juridique et comptable a mis la main sur une société active sur quatre continents, et dotée de bureaux aux États-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Australie et en Inde. Jim Smith, le PDG de Thomson Reuters, voit en cette acquisition l’opportunité de se positionner au cœur de l’écosystème du logiciel juridique.

« Elle nous donne l’occasion de mettre à profit nos canaux de distribution pour vendre HighQ à des milliers de cabinets d’avocats et de services juridiques d’entreprises de grande et moyenne taille, dans le monde entier », confiait-il à l’époque, en ajoutant qu’elle impliquait aussi l’arrivée de talents du développement de logiciels dans son propre groupe.

Des investissements massifs

Autre signe de grande vitalité des « legal tech » : le montant colossal des investissements réalisés ces dernières années. Certains ont d’ores et déjà marqué l’histoire. Au Canada, et avec pas moins de 250 millions de dollars, Clio aura obtenu cet année le plus important financement par capital risque au Canada depuis près de vingt ans, d’après les données de la société d’analyse financière Refinitiv.

L’entreprise, basée à Vancouver, vient accompagner les professionnels dans leurs missions quotidiennes en ligne, en fournissant notamment des outils de gestion du temps ou de facturation. Le service a séduit plus de 150.000 avocats de petites et moyennes entreprises, aux Etats-Unis, au Canada et sur d’autres marchés anglophones.

Les legal tech françaises séduisent les investisseurs 

La France, elle aussi, tire son épingle du jeu dans ce secteur en pleine ébullition. La legal tech Predictive a levé 5 millions d’euros en novembre dernier pour déployer sa solution de justice prédictive auprès des avocats inscrits au barreau de Paris.  C’est moins que Doctrine.fr, le “Google du droit” français, qui levait 10 millions d’euros en juin dernier auprès d’Otium et de Xavier Niel. A elle seule, la startup fondée par Nicolas Bustamante représentait en 2018 près de 40% des fonds levés par les legal techs françaises, selon le Baromètre des legal techs réalisé pour le site Actualités du droit en partenariat avec Maddyness. Quant à Legalstart, une autre startup emblématique de la legal tech hexagonale, elle bouclait en mars dernier une opération record avec 15 millions d’euros levés auprès du fonds français ISAI.

C’est peu dire que la digitalisation du droit représente un marché prometteur pour les investisseurs, même si de nombreux obstacles freinent encore l’élan des startups françaises. Pas moins de 33,3% des jeunes pousses interrogées dans le cadre du baromètre estimaient ainsi leur développement entravé par des freins réglementaires.

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