Essential : Andy Rubin peut-il gagner son pari d’écosystèmes décloisonnés ?

Essential : Andy Rubin peut-il gagner son pari d’écosystèmes décloisonnés ?
Innovation

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S’imposer dans l’univers ultra-concurrentiel du smartphone haut de gamme en misant sur la modularité et les outils externes. Proposer un centre d’accueil intelligent ouvert à tous les assistants personnels du marché – et pour cela obtenir la collaboration de Google, Amazon ou Apple. Plus globalement promouvoir les environnements ouverts, qui laissent l’utilisateur libre de personnaliser son outil numérique comme il l’entend. Tels sont les paris qu’espère gagner Andy Rubin, le créateur d’Android, avec sa start-up Essential. Mission impossible ? Peut-être. Décryptage.

Certes l’actualité récente n’est pas rassurante pour une start-up qui veut s’installer à la table des géants du numérique : retard du produit phare de la nouvelle marque, l’Essential Phone, qui devait sortir en juin et ne sera disponible, au mieux, qu’en août, départ de deux cadres d’importance de la société, Brian Wallace, la directeur du marketing, démissionnaire le 15 juillet, et Andy Fouché, directeur de la communication, qui vient de s’en aller à son tour.

Révolutionner les pratiques numériques avec un smartphone modulaire et un centre d’accueil intelligent pour la maison

Malgré les mauvaises augures qui s’accumulent autour de ses projets, Andy Rubin tient bon. Il estime que son pari peut être gagné. Il connaît bien le monde de la technologie numérique, puisqu’il a inventé Android, le système d’exploitation pour smartphone, qui équipe aujourd’hui 9 smartphones sur 10, en faisant l’une des plus brillantes réussites technologiques et commerciales (si ce n’est la plus brillante) de ces dernières années.

Ce monde du numérique, Andy Rubin veut le révolutionner. Sa start-up, Essential, va commercialiser deux produits, un smartphone modulaire et un centre d’accueil intelligent pour la maison. L’Essential Phone est un produit haut de gamme, disposant de son propre système d’exploitation (basé sur Android), avec processeur et caméra dernier cri, dont l’originalité est qu’il est modulaire : il peut recevoir des accessoires qui améliorent ses capacités, comme une caméra 360 ° ou une caméra déportée.

Jusqu’ici, les fabricants qui ont tenté l’expérience du smartphone avec accessoires externes ont tous violemment échoué. Andy Rubin espère que dans un monde où les objets connectés se multiplient, la modularité va devenir un plus qui fait la différence. Il compte pour cela sur une collaboration maximale des fabricants pour proposer rapidement une gamme d’accessoires adaptés à l’Essential Phone, mais aussi à un environnement connecté plus large.

Développer des ponts entre les écosystèmes et travailler sur leurs compatibilité

Car c’est bien là l’ambition première, sans doute démesurée, d’Andy Rubin. Il veut ouvrir les écosystèmes, pour qu’ils communiquent entre eux et deviennent compatibles. Sa vision du futur est un monde où les maisons, voitures, sacs et poches des humains seront remplis d’objets connectés variés, qui communiqueront tous les uns avec les autres. Pour ce faire, il faut qu’ils aient un langage commun : pour l’instant chaque constructeur développe son logiciel, son assistant, son support, qui n’est compatible qu’avec lui même.

Même si des alliances vont fatalement se nouer, Andy Rubin pense que l’avenir est à l’ouverture. Essential veut être l’entreprise qui créé des ponts entre les îles que sont ces écosystèmes, afin qu’un objet connecté par Microsoft puisse dialoguer avec un assistant Amazon, piloté par un iPhone et relié à un autre objet développé par Google.

Des produits ouverts pour laisser l’utilisateur libre

C’est pour cette raison que l’Essential Phone sera, en terme de pré-installation, le plus neutre possible, pour éviter ces smartphones remplis d’applications ou de protocoles tiers pré-installés qui imposent une vision et des choix à l’utilisateur. C’est pour cela, surtout, que son centre d’accueil intelligent est pensé pour pouvoir tourner avec son propre assistant personnel, mais aussi avec Alexa d’Amazon, Siri d’Apple, Assistant de Google ou Cortana de Microsoft.

Il veut proposer aux géants du numérique d’opter pour la compatibilité, au moins avec sa machine, pour prouver qu’un univers où les concurrents travaillent côte à côte au sein du même environnement est possible.

Les géants du numérique vont-ils jouer le jeu ?

Pour cela, il lui faut, là encore, le soutien de ces géants du numérique. Pour l’instant, il ne l’a pas – ou pas officiellement, leurs discours sur le sujet étant aussi flous que ceux d’Andy Rubin. Un flou qui cache déjà un échec ? On peut le craindre.

Mark Shuttleworth, à sa façon, prônait lui aussi l’ouverture quand il rêvait d’étendre Linux à tous les PC et terminaux mobiles du monde, pour un monde plus libre, où les utilisateurs ne subiraient plus les contraintes et abus de position dominante des géants du numérique. C’est avec dépit qu’il a fini par renoncer, devant le manque de soutien des fabricants.

Car même si l’ouverture est une belle idée, même si elle est bénéfique à l’utilisateur et favorise une concurrence saine, les entreprises qui dominent un marché n’ont en général que faire de la concurrence saine. Elles veulent se protéger. Andy Rubin a l’avantage d’être du sérail et d’avoir toujours de solides soutiens dans les directoires de plusieurs géants du numérique, à commencer par Google. Cela suffira-t-il ? On peut malheureusement en douter.

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