Theranos : la start-up de la biotech n’était qu’une vaste arnaque

Apr 2, 2018
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La Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme financier des Etats-Unis, a rendu son verdict : Elizabeth Holmes et sa start-up biotech Theranos, qui avait développé un système de tests sanguins sans aiguille, n’étaient qu’une vaste arnaque, une success story bâtie à coup de mensonges et de tromperies. Retour sur un crash retentissant.

Des levées de fonds qui ont atteint 700 millions de dollars, une valorisation estimée, au plus haut, à 9 milliards de dollars : de toutes les licornes ayant émergées dans le ciel de la Tech américaine, Theranos était des plus belles et des plus médiatiques. Son histoire avait tout d’un conte de fée, d’une ascension aussi fulgurante qu’impressionnante, un exemple de réussite de la Silicon Valley.

Des examens sanguins sans aiguille, à bas coût et à faibles délais

Elizabeth Holmes avait en effet tout de l’héroïne moderne. Jeune, belle, dynamique, charismatique, elle avait imposée son image et celle de sa société dans le firmament des start-up américaines. Fondée en 2003, Theranos ambitionnait de révolutionner le juteux marché des analyses de sang – 75 milliards de dollars annuels.

Son coup de génie : avoir inventé une méthode de prélèvement et d’analyse révolutionnaire, qui ne nécessite que quelques gouttes de sang, sans aiguille, mais qui permet de réaliser avec succès plus de 370 analyses différentes. La start-up proposait des examens à des coûts et des délais largement inférieurs à ceux des laboratoires traditionnels.

De quoi donner le tournis aux investisseurs et aux suiveurs de la tech américaine. Les tours de table atteignent les 700 millions de dollars, la valorisation boursière les 9 milliards de dollars, Elizabeth Holmes fait la une des plus grands magazines, Fortunes, Forbes, Bloomberg Business Week, elle est comparée à Steve Jobs, et même classée parmi les 100 personnes les plus influentes de 2015 par Times.

De la couverture de Forbes à une enquête du Wall Street Journal sur l’arnaque Theranos

Mais une enquête du Wall Street Journal vient détruire les fondements de cette belle histoire, en cette même année 2015. Une série d’articles consigne des témoignages de salariés, remettant en cause les technologies et les méthodes de Theranos. Des scientifiques vont alors expertiser les analyses du laboratoire, et trouvent des résultats sensiblement différents avec une méthode plus « traditionnelle ». Rapidement, il s’avère que les tests proposés par Theranos ne sont tout simplement pas fiables, voire faux, et que la méthode proposé est peut-être révolutionnaire… mais qu’elle ne marche pas !

Comme une trainée de poudre, la réputation de la start-up vole en éclat, l’entreprise perd sa licence en 2016, ferme tous ses laboratoires et licencie 340 personnes, soit 40% de ses effectifs. Début 2017, 155 employés supplémentaires sont renvoyés.

Une « fraude massive, élaborée et qui a duré plusieurs années”

La SEC lance en 2015 une enquête sur les agissements d’Elizabeth Holmes, dont les résultats viennent d’être rendus public : la jeune femme est accusée de « fraude massive, élaborée et qui a duré plusieurs années”. Une arnaque à très grande échelle !

Le gendarme financier montre ainsi que la technologie inventée par Theranos ne permettait de réaliser « qu’une toute petite quantité de tests, la société réalisant l’immense majorité des tests des patients avec des dispositifs fabriqués par d’autres » : Theranos sous-traitaient donc les résultats des tests auprès de tiers.

Un chiffre d’affaire mensongèrement multiplié par… mille !

L’enquête démontre que la start-up a exagéré ou menti sur tout, sa technologie, ses activités, ses performances financières. Theranos a ainsi volontairement menti à ses investisseurs : quand Elizabeth Holmes leur affirmait que le chiffre d’affaire 2014 s’élevait à 100 millions de dollars, il n’atteignait, en réalité, péniblement, que… 100 000 dollars !

La SEC a déchu Elizabeth Holmes de son titre de dirigeante de Theranos, lui a infligé 500 000 dollars d’amende, une interdiction de diriger une entreprise cotée pendant 10 ans et l’obligation de rendre les 19 millions d’actions de Theranos qu’elle possédait.

Les investisseurs retiendront-ils la leçon ?

« Les startuppeurs qui cherchent à révolutionner et à bouleverser un secteur doivent dire aux investisseurs la vérité sur leurs technologies et ce qu’elles sont capables de faire aujourd’hui. Et non ce qu’ils espèrent qu’elles pourront faire un jour »  a conclu avec justesse le gendarme financier américain. La leçon sera-t-elle pour autant entendue par les investisseurs, dans un marché où rater la dernière pépite semble la honte suprême ?