Cryptomonnaies : les États reprennent la main

Cryptomonnaies : les États reprennent la main
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« Miner » des cryptomonnaies a longtemps eu le vent en poupe. Mais ce processus informatique qui consiste à créer des monnaies virtuelles et valider des transactions en ligne est de plus en plus remis en cause pour son coût énergétique. Parmi les grands producteurs, c’est l’hésitation qui domine : le Kazakhstan et l’Union européenne tentent de réguler ce secteur prometteur mais énergivore, tandis que la Chine tente purement et simplement de bannir les cryptomonnaies.

Le Kazakhstan revoit sa copie sur les cryptomonnaies

Investir près de 700 millions de dollars d’ici 2023 dans le secteur des cryptomonnaies : c’est le pari du Kazakhstan, devenu en quelques années l’un des plus importants producteurs mondiaux de cryptoactifs au monde. Une stratégie de développement dans les nouvelles technologies et dans “l’internet 3.0” qui doit faire de cet immense pays d’Asie centrale une plaque tournante de ce nouveau secteur financier.

Il faut dire que le Kazakhstan est le pays idéal pour la – très énergivore – exploitation minière numérique, tant ses importantes ressources en gaz et en charbon lui permettent de produire de l’électricité abondante et bon marché. Une prédisposition attractive pour ce secteur hautement concurrentiel, à faible marge, où l’énergie est souvent le seul coût variable.

Seulement voilà : depuis plusieurs mois, Nur-Sultan serre la vis pour lutter contre le développement “sauvage” et mal encadré du minage des cryptomonnaies. Ces entreprises, leurs entrepôts et leurs centaines de serveurs informatiques qui fonctionnent en continu se sont multipliés dans différentes provinces et leur développement anarchique provoque des pénuries d’électricité à répétition, au grand dam des populations.

La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre : en mars 2022, une vaste opération de police a conduit à la fermeture d’une cinquantaine de mines non déclarées, utilisant du matériel de contrebande, fraudant fiscalement ou s’étant raccordées illégalement au réseau d’électricité national. En parallèle, le gouvernement kazakhstanais s’est employé à fixer un cadre législatif clair, destiné à favoriser le développement du secteur sans porter atteinte à la consommation électrique du pays.

Depuis le 29 avril dernier, de nouvelles obligations sur l’immatriculation des entreprises de minage sont donc obligatoires. Elles sont désormais tenues d’enregistrer leur consommation d’énergie ainsi que leurs adresses physiques et IP. Une identification nécessaire pour connaître précisément l’ampleur du secteur et anticiper la production énergétique tout en faisant disparaître les entreprises de minage qui flirtaient jusque-là avec la légalité kazakhe.

Réguler le secteur pour mieux l’encadrer : le Kazakhstan tente de limiter les externalités négatives inhérentes au développement des cryptomonnaies pour continuer de capitaliser sur ce qu’il imagine être un secteur d’avenir. Le contraire de la Chine, qui a préféré expulser les “mineurs” responsables des pénuries d’énergie, au risque de se priver d’une source de richesse et d’innovation dans les années à venir.

… face aux conséquences d’une ruée de mineurs venus de Chine

Car l’Empire du Milieu a banni tout service de cryptomonnaies à l’été 2021. Une décision prise alors que la Chine concentrait, au premier semestre de la même année, près de la moitié des capacités mondiales de minage.

Elle a néanmoins décidé d’interdire aux plateformes étrangères du secteur d’opérer sur son territoire, ainsi qu’à ses institutions financières de recourir à des cryptoactifs… faisant justement du Kazakhstan un refuge pour nombre d’entreprises chinoises qui ont tenté d’échapper à cette « chasse ». Par exemple, dès juin 2021, l’une des principales, BIT Mining Limited, y a transféré une partie de sa puissance de calcul (2 900 ordinateurs) et le leader de la construction de matériels de minage Canaan s’y est également implanté.

Mais quelles raisons ont poussé la Chine à démanteler sa puissante industrie de minage ? Officiellement, l’énergie, toujours. En effet, la puissance de calcul associée à l’exploitation de cryptoactifs est de plus en plus gourmande à mesure que les transactions s’intensifient et se complexifient. Celle-ci requiert désormais des supercalculateurs, dont la mise en marche exige une grande quantité d’électricité, au détriment de la consommation domestique ou des autres industries.

Mais plus officieusement, les autorités chinoises craignent une prolifération des investissements et des levées de fonds illicites qui irait à l’encontre de la volonté du Parti communiste chinois de contrôler les transactions financières.

La Chine ne compte cependant pas louper le coche des devises virtuelles : lors des Jeux olympiques en février 2022, elle a présenté son projet de « yuan numérique » (e-CNY), qu’elle développe depuis 2014. Cette monnaie numérique, à la différence des cryptoactifs, est centralisée, car elle est émise par la seule Banque populaire de Chine. Cette dernière est alors en mesure de suivre en temps réel toutes les transactions utilisant des e-CNY et, donc, de contrôler la population chinoise.

Union européenne : la quête d’un équilibre entre protection et innovation

Les Chinois interdisent, les Kazakhs régulent et les Européens… Hésitent. Après des mois de tergiversations, le Parlement européen a voté le 14 mars dernier le projet de règlement Markets in Crypto-Assets dit « MiCA ».

Officiellement, ce texte vise à réguler les prestataires de services de cryptomonnaies, tout en préservant l’innovation et en stimulant le développement d’outils de paiement alternatifs. Sa version initiale ne laissait cependant pas présager un avenir radieux pour les monnaies numériques. Une disposition, rejetée depuis, les soumettait même à des « normes minimales de durabilité environnementale ». Ce qui aurait signifié, en d’autres termes, la fin de la création de cryptomonnaies sur le Vieux continent, au premier rang desquels le Bitcoin et l’Ethereum.

Une proposition finalement non retenue par la Commission européenne, qui, en échange, s’est engagée à catégoriser et à classifier ces entreprises en fonction de leur bilan carbone pour détourner la « finance verte » de ce type d’investissements.

Autrement dit, la Commission aura le dernier mot quant à la pérennité des sociétés minières au sein de l’UE. Mais attention : comme le montrent les exemples chinois ou kazakhstanais, l’interdiction pure et simple du minage de cryptomonnaies n’encourage finalement que le déplacement des activités vers d’autres pays.

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