La sécession d’ARM-China va-t-elle empêcher le rachat d’ARM par Nvidia ?

La sécession d’ARM-China va-t-elle empêcher le rachat d’ARM par Nvidia ?
Innovation

Le processus d’achat d’ARM, spécialiste britannique des architectures de semi-conducteurs, par le fondeur américain Nvidia se heurte à un obstacle de taille : la prise d’indépendance de la filiale chinoise du groupe, ARM-China, qui agit depuis plus de deux ans comme une entreprise indépendante, et menace de faire sécession.

ARM est une entreprise britannique, qui développe des architectures de semi-conducteurs, réputées pour leur efficacité et leur faible consommation. Ces technologies font d’ARM un partenaire privilégié d’une majorité des constructeurs de CPU, GPU ou SoC dans le monde.

Nvidia veut s’offrir ARM pour renforcer sa position sur le marché des GPU

En 2016, ARM est passé sous le contrôle du japonais SoftBank, qui a annoncé en 2020 son intention de le vendre, pour 40 milliards de dollars, au fondeur américain Nvidia, pour constituer un véritable mastodonte des semi-conducteurs. L’opération attend pour être validée le feu vert des autorités de régulation, en particulier le régulateur chinois, qui devrait donner sa réponse d’ici la fin de l’année 2021.

Or, les agissements du PDG de la filiale chinoise d’ARM pourraient remettre en question cette opération – et même infléchir la politique globale d’ARM, voire conduire à une véritable sécession entre ARM-China et sa maison-mère.

2016 : SoftBank rachète ARM et laisse 51 % des parts d’ARM-China à des investisseurs locaux

Pour comprendre cet imbroglio, il faut remonter en 2016, au moment où SoftBank a pris le contrôle d’ARM. A ce moment, le groupe entend renforcer sa présence en Chine, mais, pour ce faire, doit accepter la prise de contrôle de 51 % des parts d’ARM-China par un groupe d’investisseurs chinois, afin de respecter la législation locale.

Le deal est rapidement conclu, sur la base d’un accord « gagnant-gagnant » : ARM transfère ses technologies de pointe à ARM-China, qui les commercialise auprès de ses partenaires, et ARM récupère une part conséquente des profits de la coentreprise.

Accusé de conflit d’intérêt, le PDG d’ARM-China décide de rompre avec sa maison-mère

Mais tout ne se passe pas exactement comme prévu par la direction britannique et japonaise du groupe. A l’été 2020, le Financial Times révèle ainsi que le PDG d’ARM-China, Allen Wu, est accusé par la direction de conflit d’intérêt. Il proposait notamment à des entreprises d’importantes réductions sur les tarifs des technologies ARM, en échange d’investissements dans son fonds personnel Alphatecture.

Des agissements qui provoqueraient le licenciement de n’importe quel dirigeant de n’importe quel entreprise dans le monde… mais pas à ARM-China. Le conseil d’administration de la coentreprise vote certes le renvoi d’Allen Wu, mais il refuse de quitter son poste, et reste en charge de la direction exécutive.

ARM-China se met à agir en toute indépendance

Pire : disposant déjà de 17 % des parts d’ARM-China, Allen Wu s’assure le soutien de quatre des six autres actionnaires de la coentreprise. La direction d’ARM perd ainsi tout contrôle sur lui, et ARM-China se met à agir en totale indépendance, tant d’ARM que du conseil d’administration d’ARM-China.

Allen Wu décide même de licencier les trois salariés choisis par le conseil d’administration pour le remplacer. Il a même engagé son propre service de sécurité, interdisant l’accès aux locaux à tout représentant d’ARM ou du conseil d’administration d’ARM-China. Les mails provenant d’ARM sont désormais filtrés et ne parviennent plus aux employés.

ARM bloque son transfert de technologie vers sa filiale chinoise

En réaction, ARM a interrompu le transfert de technologie vers sa filiale chinoise. La puce la plus récente dont dispose ARM-China est actuellement la Cortex A77, datant de 2019. ARM va notamment bloquer la fourniture du jeu d’instructions Armv9, qui devrait révolutionner les architectures des semi-conducteurs.

Reste qu’ARM-China représente aujourd’hui toujours 20 % des revenus de la société. Et que Nvidia n’acceptera pas d’acheter une entreprise dont l’une des principales filiales agit hors du contrôle de la maison-mère. Allen Wu a même annoncé que sa position financière lui permettait de bloquer la vente.

Vers une annulation de la vente à Nvidia ?

ARM a donc pris contact avec les autorités chinoises, en réclamant aux régulateurs de mettre de l’ordre dans les agissements d’Allen Wu – en arguant, avec justesse, que s’il reste impuni, les sociétés occidentales risquent d’hésiter avant de créer des coentreprises respectant les normes chinoises.

Pour l’heure, les autorités chinoises ne se sont pas prononcées officiellement sur la question. Leur réaction est particulièrement attendue, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, et dans un contexte où la Chine, rappelons-le, demeure fortement dépendante des technologies occidentales en matière de semi-conducteurs

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