Incendie chez OVH : la sauvegarde et la sécurité des serveurs cloud en questions

Incendie chez OVH : la sauvegarde et la sécurité des serveurs cloud en questions
Innovation

Dans la nuit du 9 mars 2021, un incendie a ravagé le site d’OVH Cloud, à Strasbourg : un de ses quatre data-centers a été intégralement détruit, un autre partiellement. Des milliers de sites Internet ou de service mails se sont immédiatement retrouvé inaccessibles. Et pour certains utilisateurs, l’intégralité des données stockées sont irrémédiablement perdues. Un petit séisme, qui force à s’interroger sur la nécessité de sauvegarder ses données sur plusieurs sites distincts.

Un véritable désastre pour de nombreuses entreprises. Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie s’est déclaré dans l’un des quatre data-centers du site d’OVH Cloud, à Strasbourg. Il s’est ensuite propagé dans un autre bâtiment.

Site d’OVH Cloud : un incendie d’une vitesse incontrôlable

Les causes du sinistre ne sont pas encore officielles, mais elles semblent d’origine accidentelles : selon le PDG d’OVH, Octave Klaba, un onduleur, sur lequel des techniciens sont intervenus dans la matinée du 9 mars, pourrait être la cause de l’incendie, qui s’est étendu très vite, dépassant les techniciens qui s’étaient rendu sur place.

« Cette vitesse de l’incendie nous interroge, sur comment ça a démarré et pourquoi ça a démarré », expose Octave Klaba. Une enquête est en cours : « Nous allons extraire et analyser les vidéos des caméras de surveillance du datacenter pour essayer de comprendre ce qui s’est passé », précise le PDG d’OVH.

Un data-center totalement détruit, un autre au tiers, et 464 000 noms de domaines hors ligne

Au final, le serveur SBG-2 et ses 12 000 machines ont été entièrement détruits. 4 pièces sur les 12 du serveur SBG-1 ont également été détruites. Par sécurité, l’alimentation des deux autres serveurs, SBG-3 et SBG-4, a été coupée, si bien qu’au total, ce sont 3,6 millions de serveurs HTTP, représentant 464 000 noms de domaines qui se sont retrouvés hors ligne !

« Plus de 18% des adresses IP attribuées à OVH dans notre dernière Web Server Survey publiée il y a deux semaines ne répondaient plus le 10 mars entre 7h et 8h du matin », pointait Netcraft, le spécialiste américain du monitoring d’Internet.

Mesures d’urgence pour rétablir les services

OVH a immédiatement suspendu la facturation des clients dont les données étaient hébergées à Strasbourg, puis a mis à leur disposition des ressources alternatives (serveurs dédiés, Public Cloud, Private Cloud) dans ses datacenters de Roubaix et de Gravelline. 2 000 serveurs ont déjà été livrés dans ce cadre, 1 000 de plus sont sur le point de l’être. L’usine OVHCloud à Croix va d’ailleurs augmenter sa production pour la porter à 2500-3000 serveurs par jour.

Le PDG d’OVH a par ailleurs envoyé un mail à chaque client pour lui indiquer l’état de ses données primaires et de sauvegarde, s’il avait souscrit à ce service. L’ensemble des services encore opérationnels (une partie de SBG1, SBG3 et SBG4) vont progressivement être redéployés durant cette semaine du 15 mars 2021, pour une remise en service à partir du 22 mars 2021.

De nombreuses données irrémédiablement détruites

Mais le cœur du problème est bien dans les serveurs totalement détruits. Pour les clients n’ayant pas souscrit à une option de sauvegarde, les données ne pourront pas être récupérées. Pire : certaines unités de sauvegarde étaient situées elles aussi sur le site de Strasbourg, voire dans le même data-center.

C’est notamment le cas de la partie de l’offre de cloud privé d’OVH (Private Cloud) située dans SBG-1 : elle était hébergée dans une salle, et ses sauvegardes dans une autre salle du même data-center : les deux ont été détruites, réduisant en cendres l’ensemble des données, définitivement – à moins que les clients aient eu la bonne idée de réaliser une sauvegarde auprès d’un autre provider.

Quel impact sur l’image d’OVH et son avenir ?

Ce sinistre rappelle ainsi à quel point les données hébergées dans le cloud, même si elles semblent « éternelles », car totalement virtuelles, dépendent bel et bien d’équipements physiques, faillibles et périssables.

Cet incendie risque également d’écorner durablement l’image de marque d’un des champions de la French Tech, numéro 1 européen du cloud computing, qui tente de se faire une place face à la toute-puissance des GAFA sur ce marché, ultra-dominé par Amazon Web Service et Microsoft Azure, et où Google, Alibaba, Tencent et IBM disposent encore d’une avance conséquente. Sur le seul marché français, OVH pèse trois fois moins qu’AWS.

Cet incendie va-t-il stopper l’émergence d’un champion européen du cloud ? Sans doute pas, compte tenu des soutiens industriels, institutionnels et étatiques dont disposent la firme. Mais elle ne va pas l’aider à s’imposer, dans une période où le marché du cloud est en pleine explosion…

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