Violences faites aux femmes : 3919, la mise en concurrence qui ne passe pas

Violences faites aux femmes : 3919, la mise en concurrence qui ne passe pas
Réglementaire

Prise à partie par les associations féministes durant la conférence de presse des un an du Grenelle des violences conjugales, la ministre de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes n’est pas parvenue à les rassurer. Elles sont en effet furieuses de la future mise en concurrence de la gestion du 3919, le numéro d’urgence dédié aux violences faites aux femmes. Il est géré depuis 30 ans par Solidarité Femmes, qui a présidé à sa création, et craint des dérives si sa gestion est attribué à une autre entité.

Une levée de bouclier, un scandale, un raz-de-marée : la vague d’indignation qui agitent les associations féministes depuis l’annonce, par le gouvernement, de la mise en concurrence du 3919, ne faiblit pas, bien au contraire.

En augmentant sa subvention au 3919, le gouvernement impose une mise en concurrence

Elle a même connu un nouveau pic à l’occasion de la conférence de presse qui devait faire un premier bilan, un an après le Grenelle des violences conjugales, et qui s’est transformé en débat public autour de cette décision gouvernementale.

Voici 30 ans que le 3919, le numéro national d’aide téléphonique pour les victimes de violences conjugales, est géré par la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), qui a présidé à sa création. Le gouvernement a décidé d’accorder à ce numéro des subventions plus importantes, afin de financer intégralement un service d’écoute 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Une obligation légale d’après l’exécutif

Certes, la défense des femmes violentés a un besoin urgent de moyens supplémentaires. Mais la voie légale suivie par le gouvernement, celle d’une subvention couvrant l’intégralité des frais du service, impose une mise en concurrence et un appel d’offre pour sa gestion. « Dès que l’État prend en charge 100 % du financement d’un service, on a pas d’autre choix que de passer par un marché public. Je ne fais pas la loi, je la respecte », rappelait la ministre de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes, Élisabeth Moreno

Cette justification ne convainc pas les associations féministes qui réclament au gouvernement de conserver le régime des conventions pluriannuelles d’objectifs utilisé précédemment, quitte à adapter le mode de subvention.

«Une mission d’intérêt public ne peut pas dépendre d’un appel d’offres »

Car les pertes, pour le 3919, pourraient s’avérer plus importantes que les gains en cas de changement de gestionnaire : « Le numéro 3919 appartient à la FNSF. Nous avons été à l’initiative de sa création, c’est une mission d’intérêt public, et un tel service ne peut pas dépendre d’un appel d’offres. On est très inquiètes. Le 3919 c’est aussi tout un ensemble d’association partout en France. L’attribuer à quelqu’un d’autre, ça déstabiliserait toute l’organisation », détaille Françoise Brié, porte-parole de Solidarité Femmes.

Car, malgré ses manques de moyen, le 3919 fait un travail exemplaire, salué par les victimes comme par le secteur associatif. Et soumettre une telle mission de service public aux contraintes du marché et de l’efficacité libérale a de quoi inquiéter.

Contre-feux gouvernementaux

Élisabeth Moreno a profité de la conférence de presse pour tenir un discours rassurant, en précisant notamment que seules d’autres associations travaillant dans les secteurs du social et du solidaire pourraient postuler, et que les entreprises à visée commerciale serait exclues de l’appel d’offre.

« L’État a l’intention d’améliorer ce service, pas de le dégrader. L’objectif principal est de recueillir les appels des victimes, certaines vont simplement appeler pour avoir un conseil, d’autres vont parler pendant 1 heure. Il ne s’agit pas de parler de combien d’appels sont passés, il faut s’assurer que toutes les femmes qui ont besoin de parler soient entendues », a précisé la ministre de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes.

« On ne peut pas être dans une démarche de rentabilité sur les services sociaux »

Mais ces détails n’ont pas convaincu les associations : « La soumission au marché public a un impact sur le coût des prestations, qui pourrait nous obliger à des durées d’appels réduites », s’inquiète Françoise Brié. « Réserver le marché aux associations, très bien, mais on ne sait pas si les répondants seront bien formés. On a l’habitude du gouvernement, qui dit que c’est la grande cause du quinquennat, et dont les actions ne sont jamais au niveau », attaque Pauline Baron, coordinatrice de Nous toutes.

« On ne peut pas être dans une démarche de rentabilité sur les services sociaux. À chaque fois qu’il y a eu des mises en concurrences sur des numéros de téléphone de ce type, comme en Espagne ou en Italie, ça a été catastrophique », rappelle avec justesse la militante Caroline De Haas.

Solidarité Femmes a mis en ligne une pétition adressée à Élisabeth Moreno pour défendre le 3919 dans sa forme actuelle : https://www.change.org/sauvonsle3919. Vous y trouverez également davantage d’informations sur l’histoire du numéro et de son rôle social.

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