Smartphone : l’administration Trump est-elle sur le point de tuer Huawei ?

Smartphone : l’administration Trump est-elle sur le point de tuer Huawei ?
Réglementaire

Présenté comme l’ennemi public numéro 1 par l’administration Trump (qui l’accusait d’espionner pour le compte du gouvernement chinois), le constructeur Huawei est la plus spectaculaire victime de l’embargo américain vers la Chine. Attaquée de toute part, sa branche smartphone ne tient qu’à un fil. Si elle devrait survivre encore quelques mois, les sanctions logicielles et matérielles des Etats-Unis devraient, sauf accord surprise de dernière minute, avoir la peau du constructeur sur ce marché clé.

C’est peut-être, commercialement, l’une des plus belle « réussite » du mandat de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Le fantasque milliardaire avait désigné Huawei comme la firme à abattre, sur le front des smartphones. Et le fait est que les sanctions imposées par Washington sont en train de tuer à petit feu la branche téléphonie du géant asiatique.

Quand l’administration américaine soupçonne Huawei d’espionner pour la Chine…

Huawei s’était pourtant imposé comme un acteur incontournable du marché des smartphones. Numéro 2 en volume et en chiffre d’affaire, ses téléphones à l’excellent rapport qualité-prix avaient conquis le monde. Au point d’éveiller des doutes auprès de l’administration du président des Etats-Unis. La firme a été accusée d’espionner pour le compte du gouvernement chinois, en glissant des portes dérobées dans ses téléphones.

Dès lors, sur l’ensemble des sanctions commerciales que le gouvernement américain a imposé à la Chine, les smartphones de Huawei se sont retrouvés en première ligne. L’effet le plus immédiat fut sur la partie logicielle.

Sans Google, Huawei est fragilisé en Occident

Le gouvernement américain a en effet réussi à interdire aux téléphones de Huawei l’usage des services de Google, au moins jusqu’en 2021. La firme chinoise est donc privé de la version grand public d’Android, des applications de Google (Gmail, Chrome, Maps, YouTube…) et de la boutique d’apps Google Play.

Si, par patriotisme commercial, les consommateurs chinois ont accepté d’acheter et d’utiliser des smartphones Huawei sans Google, en Occident, un smartphone Android « dégooglisé » est quasi invendable.

Bientôt la fin des puces Kirin dernière génération

Mais l’horizon semble encore plus sombre du coté matériel, car les conséquences de l’embargo américain risquent, à terme, de se faire sentir y compris sur le marché chinois.

Début août, l’état major de Huawei a ainsi annoncé que le géant chinois ne pourrait plus produire, à court terme, ses puces mobiles Kirin de dernière génération, car elles dépendent de fournisseurs qui ont besoin de brevets américains.

« Cette année pourrait être la dernière concernant les processeurs Kirin dernière génération. Malheureusement, lors de la deuxième série de sanctions américaines, nos fournisseurs de puces n’ont accepté des commandes que jusqu’au 15 mai. La production se terminera le 15 septembre. C’est une très grande perte pour nous », a ainsi exposé le patron de Huawei.

L’administration Trump prive Huawei de la prochaine génération de puces

Pire encore : Huawei devrait, en toute logique, être privé des prochaines générations de processeurs mobile. Pour l’heure, les meilleures puces mobile sont gravées en 7 nanomètres. Mais l’avènement des puces en 3 et 5 nanomètres est pour bientôt. Et aucun industriel chinois n’est capable de construire de tels processeurs.

Le meilleur fondeur chinois, en la matière, est SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation). Mais sa finesse de gravure minimum, pour les puces en silicium, se situe actuellement à 14 nanomètres. Un écart technologique de quatre ans avec les meilleurs fabricants actuels. Un gouffre insurmontable.

Actuellement, seules trois firmes sont capables de graver en 7 nanomètres, et sont en pole position pour la gravure en 5 nanomètres : l’américain Intel, le sud-coréen Samsung et le taïwanais TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company). Intel n’a tout simplement pas le droit de fournir Huawei. Quant à Samsung et TSMC, ils savent qu’ils s’exposent à des sanctions s’ils passent outre les recommandations américaines. Vu l’importance du marché américain et des géants de la tech US pour les deux firmes, aucune chance que l’un ou l’autre ne privilégie le constructeur chinois.

Une licence de Qualcomm, un dernier espoir illusoire ?

Dans une tentative un peu désespérée, Huawei tente donc d’obtenir de Washington une licence pour que Qualcomm, le fondeur américain aux processeurs Android surpuissants, puisse fournir le constructeur chinois. Cette licence permettrait de sauver la branche smartphone de Huawei (ainsi que tous ses appareils utilisant des processeurs mobile). Ne pas l’accorder enterrerait sans doute définitivement le constructeur chinois sur ce marché.

Mais, avec l’élection présidentielle américaine qui approche à grand pas (le 3 novembre 2020) et la popularité, auprès de l’électorat, des mesures commerciales prises contre la Chine par l’administration Trump, aucune chance (ou presque) que Qualcomm décroche cette licence. L’ultime espoir de Huawei serait une élection du candidat démocrate Joe Biden, et un assouplissement de la position américaine sur ses conseils. Rien de moins certain, donc…

Cette aventure prouve combien, en matière de haute technologie, la Chine reste dépendante des Etats-Unis, sans doute plus que la plupart des observateurs se le figuraient. En matière d’influence numérique, Washington demeure encore le centre du monde.

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