Municipales : comment Agnès Buzyn s’est fait « voler » des noms de domaine

Municipales : comment Agnès Buzyn s’est fait « voler » des noms de domaine
Propriété intellectuelle

Plusieurs noms de domaine pouvant renvoyer à la nouvelle candidate LREM à la Mairie de Paris, Agnès Buzyn, ont été acheté par des tiers dès l’annonce de sa candidature. Certains en profitent pour faire un peu de publicité à leur entreprise, d’autres renvoient directement vers le site de campagne officiel d’Anne Hidalgo. Pour un parti qui se veut à la pointe des nouvelles technologies comme LREM, le coup est médiatiquement rude.

C’est à la fois le petit gag et le premier bug de la candidature d’Agnès Buzyn à la Mairie de Paris. Propulsée sur le devant de la scène suite à la défection précipitée de Benjamin Griveaux (empêtré dans un scandale sexuel), la nouvelle porte-drapeau de LREM atterrit dans une campagne municipale mal embarquée pour le parti présidentiel.

Un entreprise de gestion de crise pique des noms de domaine pour attirer l’attention de LREM

Sa candidature a été officialisé le 16 février. Le jour même, et le lendemain, des petits malins se jettent sur des noms de domaine renvoyant potentiellement à cette candidature. Ils les louent alors. Pour deux raisons assez différentes.

Premier cas : s’offrir un coup de pub. Six noms de domaine, parmi lesquels les très efficaces agnesbuzyn2020.paris, buzyn2020.com, buzyn.paris renvoient tous vers une entreprise française de gestion de crise appelé Crisalyde. Son patron, interrogé par nos collègues de Numerama, a avoué que la manœuvre a pour but « d’attirer le regard » de LREM sur sa firme, qui a d’ailleurs déjà travaillé pour le Ministère de la Santé.

Il se dit prêt à revendre aux équipes d’Agnès Buzyn ses droits sur les noms de domaine en question à prix coûtant. En espérant, par ce biais, décrocher un petit contrat, à la manière d’un hacker indépendant qui met à jour une faille dans la sécurité d’une entreprise et fini par être embauché par elle.

Un nom de domaine « Buzyn 2020 » redirige vers le site officiel de la candidature d’Anne Hidalgo !

Second cas, plus politique et plus retors. Au moins quatre noms de domaine renvoient purement et simplement vers… le site de candidature de la maire sortante, Anne Hidalgo ! Il s’agit de buzyn2020.fr (déposé le 16 février à 17h59) de agnesbuzyn2020.com (déposé le 16 février à 19h11) de agnesbuzyn2020.fr (déposé le 16 février à 20h11), et de buzyn2020.paris (déposé le 17 février à 13h07). Tous redirigent immédiatement vers annehidalgo2020.com.

Sur ce coup, tous les regards se tournent vers les équipes de campagne d’Anne Hidalgo. Mais un porte-parole de la maire sortante déclare n’avoir «  aucune idée de ce qu’il s’est passé ». Après une rapide enquête, il s’avère que certains de ces dépôts de noms de domaine révèlent l’identité des acheteurs. En l’occurrence, une association, Montreuil en Commun, un groupe de « quatre conseillers municipaux » qui se déclarent « sans étiquette ».

« Révélateur de l’improvisation de sa candidature »

Contacté là aussi par Numerama, l’une de ces personnes a déclaré que le fait que ces noms de domaines aient été laissés disponible est « révélateur de l’improvisation de sa candidature et de la légèreté de LREM s’agissant d’une affaire sérieuse comme une candidature à la mairie de Paris  ».

Certes, le scandale qui a poussé Benjamin Griveaux à démissionner n’avait rien de prévisible. Pour autant, Montreuil en Commun semble estimer qu’un peu plus de préparation n’aurait pas nui à cette candidature.

Un coup dur pour le parti de la « start-up nation »…

Le coup est d’autant plus dur que LREM se veut un parti moderne, celui d’un président qui rêve la France en « start-up nation », au langage bourré d’anglicismes empruntés au monde de la tech. Se faire prendre à un classique coup de cybersquatting n’est pas le meilleur moyen de lancer une candidature…

Reste à savoir si l’équipe de campagne d’Agnès Buzyn va tenter de récupérer certains de ces noms de domaine. D’autant que si les propriétaires actuels de ces noms refusent, il faudra passer par un jugement de l’UDRP (Uniform Domain-Name Dispute-Resolution Policy) pour les récupérer. Certes, la candidate a tous les éléments pour prouver que ces noms de domaine lui « appartiennent » bien dans l’esprit, mais la procédure est longue et coûteuse…

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