Une IA pour reconnaître et encaisser votre plateau-repas ?

Une IA pour reconnaître et encaisser votre plateau-repas ?
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Il s’agit d’une des premières applications commerciales des technologies de reconnaissance d’objets par l’intelligence artificielle (IA). Le groupe de restauration collective Compass a installé dans 15 de ses restaurants un système d’IA capable de reconnaître les plats que vous avez dans votre plateau, et de vous les facturer. Découverte.

L’innovation prend parfois des formes étonnantes. Comme celle d’une borne pour plateau-repas dans les restaurants collectifs. Si vous présentez votre plateau à cette borne, elle est capable de reconnaître tout ce que vous avez choisi, avec une étonnante précision. Et elle vous présente la note, que vous pouvez régler directement, via votre carte du restaurant.

Une IA pour « rendre l’encaissement invisible »

« L’idée est de supprimer ou de sublimer les points irritants du parcours client. Et le point le plus irritant, c’est l’encaissement, qui pose des problèmes de manque de fluidité et de confidentialité. D’où notre ambition de rendre l’encaissement invisible » détaille Gaetan de l’Hermite, le PDG de Compass Group France.

Compass est une entreprise britannique, leader mondial de la restauration collective. Son chiffre d’affaires atteint les 22,5 milliards d’euros par an. Dont 1,2 milliards en France, avec 2 3000 restaurants.

Deux années de développement et d’apprentissage pour l’IA du plateau-repas

C’est ce mastodonte qui a décidé de se frotter à l’IA pour simplifier ses procédures. La capacité d’investissement du groupe a facilité cette mise en œuvre – et le fait qu’un échec n’aurait qu’un impact économique très réduit sur le bilan du groupe. Une réussite, au contraire, lui ouvrirait la porte à de grandes économies. Un pari pascalien, en sorte, adapté à l’IA et aux plateau-repas.

Deux années de développement ont été nécessaires pour apprendre à l’IA à reconnaître les 10 000 produits et les 6 000 recettes employées dans les différents restaurants, quelle que soit leur présentation. La borne d’encaissement dopée à l’IA a été installée dans 15 restaurants pilotes. Avec un franc succès. A l’heure de pointe, le temps d’attente en caisse est passé de 4 minutes et demi à une minute et demi.

L’IA offre encore peu de « projets actifs, qui apportent de la valeur »

Ce qui frappe dans cette expérience, c’est que l’IA n’est pas un gadget, mais le cœur du projet, adapté à une réalité concrète et commerciale : « Dans le monde de l’IA les projets actifs, qui apportent de la valeur, il y a encore peu. Pourquoi ? Parce qu’il est difficile de dépasser le cadre du prototypage. Ceux qui s’y essaient rencontrent de grands défis IT, d’applications très lourdes, de connectivité importantes, de corpus de données à gérer et d’industrialisation » expose Olivier Malvezin, directeur digital de Compass pour l’Europe.

C’est ce défi qu’est en train de relever le groupe britannique, en partenariat avec la start-up Deepomatic, créatrice de la plateforme logicielle basée sur les moteurs neuronaux qui a entraînée l’IA de Compass. L’objectif de Deepomatic est d’industrialiser la reconnaissance d’images.

L’oeil de lynx de l’IA dépasse maintenant l’oeil humain

Cette IA a d’ailleurs été, de toute évidence, très bien entraînée : « Nous en sommes au  point aujourd’hui où la machine reconnait une pièce de viande où qu’elle soit sur le plateau, même si elle est recouverte de garniture » dit Olivier Malvezin. L’IA s’avère même « plus précise que l’humain selon nos résultats statistiques ».

Mais elle continue d’apprendre en permanence, dans un réseau neuronal où toutes les machines sont connectées entre elles – notamment des rares cas où elle se trompe, mais aussi pour intégrer les nouvelles recette créées régulièrement par les cuisiniers. Elle apprend aussi au niveau local, s’habituant aux habitudes de présentation du restaurant dans lequel elle est installée.

Pas de suppression de postes en vue, vraiment ?

Reste la question qui fâche, comme toujours quand on parler de robotique et d’IA : la borne n’est-elle pas en train de supprimer des emplois ? N’est-ce même pas la raison principale qui a poussé Compass à la mettre en œuvre – faire des économies sur le personnel ?

Le discours officiel a, lui, aussi, un air de déjà-vu : « Tenir une caisse, c’est deux heures debout de temps de stress. C’est une position qui contraste avec les autres missions des collaborateurs de notre entreprise. Ils cuisinent, sélectionnent les produits, dressent des assiettes. Les bornes express ont permis de nous rapprocher de notre cœur de métier qui est d’accueillir les convives » expose Mathilde Bouchard, la Directrice des Ressources Humaines d’Eurest, une marque du groupe. Elle promet que la généralisation de ces bornes n’entraînerait pas de suppression de postes..

Y-a-t-il une IA pour inventer la nouvelle société qui va avec ces innovations ?

Discours classique. Les robots et les IA remplacent les humains sur des tâches pénibles. Et promis, l’entreprise ne réduira pas ses effectifs. Sur le premier point, le raisonnement est tenable. Sur le seconde, il est permis de douter de la sincérité des cadres dirigeants de Compass.

Pour autant, cette prouesse technologique reste impressionnante. Et, en cas de réussite, elle ouvrira la porte à une automatisation de nombreuses tâches actuellement répétitives et manuelles. Oui, l’IA a vraiment un rôle social à jouer dans notre société.

Il faut simplement que la société change avec elle – ce qu’elle n’a su faire ni avec les robots de l’industrie, ni avec la révolution des ordinateurs. Mais peut-être qu’une IA aura de bonnes idées à proposer pour résoudre ce paradoxe ?

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