Opérateurs de paris en ligne, principaux financeurs du live streaming illégal ?

Opérateurs de paris en ligne, principaux financeurs du live streaming illégal ?
Droit d'auteur

Unibet Bwin

La coupe du monde de football étant terminée, l’heure est au bilan. L’évènement, qui attire des millions de téléspectateurs à travers le monde, rime bien souvent avec live streaming illégal. Raison pour laquelle Rude Baguette a décidé de s’intéresser à ce phénomène et notamment à ceux qui le financent. L’enquête menée par nos journalistes a ainsi mis en lumière des liens pour le moins surprenants entre des opérateurs de paris en ligne, comme Unibet, Bwin, 1Xbet ou encore LSbet, et plusieurs sites de live streaming illégaux.

Pendant l’Euro de football 2016, Youssel Al-Obaidly, président de beIN Sports France affirmait avoir répertorié « la présence d’environ 100 sites qui proposaient illégalement les matchs en streaming ». Nul doute qu’ils étaient tout aussi nombreux durant la coupe du monde en Russie. Selon l’homme d’affaires qatari, ce phénomène « handicape l’ensemble du paysage audiovisuel français ».

C’est aussi le constat de l’étude 2017 sur le piratage de contenus audiovisuels, réalisée par le cabinet d’audit et de conseil EY. On y apprend ainsi que, l’année passée, 10,6 millions de « pirates » ont surfé sur le Web. Un chiffre en baisse par rapport à 2016 (-8 %), mais qui représente encore un manque à gagner de 1,18 milliard d’euros pour les filières cinématographiques et audiovisuelles françaises.

Par ailleurs, d’après Bruno Perrin, associé EY et auteur de l’étude, « le sport reste le gros point noir ». Selon l’expert, le mode de fonctionnement actuel des chaînes de télévision en ce qui concerne les évènements sportifs « ne permet pas aux consommateurs d’avoir accès à suffisamment de contenus à un prix jugé raisonnable ». Résultat : ces derniers se tournent vers le live streaming illégal.

Et la raison de ce choix est simple : la gratuité du service. Mais, bien que gratuits, ces sites illégaux génèrent un revenu plus ou moins important, sans lequel ils ne pourraient exister. Alors, par quels moyens se financent-ils ? Rude Baguette a mené l’enquête.

Nos journalistes ont ainsi écrémé le Web à la recherche de sites de live streaming illégaux. Une fois ces sites trouvés, ces derniers en ont parcouru les différentes pages à la recherche de services payants. Sans succès. Le constat était donc clair : les sites de streaming illégaux se financent grâce aux publicités — bien souvent intempestives — qu’ils affichent. Ainsi, ce sont les annonceurs qui rémunèrent, soit directement soit via une régie publicitaire intermédiaire, les sites illégaux pour que ces derniers affichent leurs publicités. Mais alors, qui sont ces fameux annonceurs ?

Des publicités Bwin et Unibet sur des sites de live streaming illégaux

Alors que l’on pouvait s’attendre à tomber sur des sociétés douteuses basées dans des pays peu regardant de la législation sur le droit d’auteur, l’enquête de nos journalistes a révélé que, dans certains cas, les annonceurs, dont les publicités sont présentes sur des sites de live streaming illégaux, ont pignon sur rue. En témoignent les publicités d’opérateurs de paris sportifs en ligne comme Unibet et Bwin présentes sur des sites illégaux comme LivesportOnline.pro, Livesportstreams.net ou encore sportstream.tv.

Capture d’écran du site livesportonline.pro

Unibet Bwin

 

Capture d’écran du site livesportstreams.net

Unibet Bwin

Capture d’écran du site sportstream.tv

 

D’autres opérateurs, un peu moins connus — car non agréés —, comme 1XBET, BeAtHome ou LsBet, ne sont pas en reste. Ces derniers étant notamment présents sur les sites illégaux sportingvideo1, fromhot.com ou encore sportingvideo3.com.

Capture d’écran du site sportingvideo3.com

Face à ce constat, Rude Baguette a contacté les deux principales sociétés de paris sportifs en ligne agréées en France, à savoir Unibet et Bwin. La société Unibet est, à ce jour, la seule à avoir répondu à nos questions. Problème : entre le 2 juillet, date à laquelle les journalistes de Rude Baguette ont sollicité le support Unibet et le 5 juillet, date à laquelle ces derniers sont parvenus à rentrer en contact avec Alexander Westrell, directeur de la communication de Kindred Group, la maison mère d’Unibet, les publicités de la marque avaient disparu des sites illégaux identifiés au cours de l’enquête et ne sont plus jamais réapparues.

Capture d’écran du site livesportonline.pro (après le 5 juillet 2018)

Bwin Unibet

M. Westrell a donc fait savoir à notre équipe qu’actuellement il « ne pouvait voir aucune publicité Unibet sur les sites de streaming en question ». Ce dernier a tout de même précisé que « Kindred Group, comme indiqué dans ses conditions générales, refusait de faire apparaître ses publicités sur des sites Web immoraux ou illégaux. Mais qu’il était parfois possible que cela arrive et que dans ces cas-là, la marque demandait immédiatement à ce qu’elles soient retirées ».

En effet, en 2017, le média EU Reporter avait déjà contacté Unibet après avoir découvert certaines de ses publicités sur des sites de live streaming illégaux. La marque avait alors apporté une réponse similaire et fait en sorte que les publicités Unibet soient retirées des sites en question, ce qui avait bien été fait.

Néanmoins, EU Reporter indiquait qu’au regard du code source des publicités, celles-ci étaient diffusées par la régie publicitaire appartenant à Kindred Group en personne. Rude Baguette a alors cherché à savoir si c’était le cas ici aussi, ou bien si les publicités de la marque étaient gérées par une régie publicitaire externe. Silence radio du côté d’Unibet… À l’instar de Bwin qui n’a jamais répondu à nos sollicitations et dont les publicités sont d’ailleurs toujours visibles sur livesportstreams.net et livesportonline.pro.

Dès lors, une question se pose. Au regard du public qui fréquente les sites de live streaming illégaux pour y visionner des évènements sportifs, qui représente ni plus ni moins le cœur de cible des sociétés de paris sportifs en ligne, est-il vraiment anodin que ces dernières y fassent leur pub ? Rien n’est moins sûr.

La coupe du monde de football en Russie a généré un record de 690 millions d’euros de mises rien qu’en France via les réseaux de la Française des Jeux et des opérateurs de paris sportifs en ligne (Unibet, Bwin, etc.).

« Les parieurs français ont engagé 309 millions d’euros de mises dans les 27 000 points de vente “ParionsSport” de la Française des Jeux (presse, tabac, jeux), et 381 millions d’euros sur les sites des 12 opérateurs actifs en paris sportifs agréés par l’Arjel », ont indiqué, le 18 juillet dernier, dans un communiqué commun, l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) et la Française des Jeux (FdJ).

On imagine alors que la concurrence doit être rude chez les opérateurs de paris sportifs en ligne, chacun cherchant à avoir la plus grosse part du gâteau. De là à imaginer que ces derniers sont prêts à séduire de potentiels clients sur des plateformes illégales, il n’y a qu’un pas.

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