Telegram joue au chat et à la souris avec les autorités russes

Telegram joue au chat et à la souris avec les autorités russes
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Sur injonction de la justice russe, Roskomnadzor, l’agence fédérale de surveillance des télécommunications, tente depuis le 16 avril de bloquer la messagerie Telegram, occasionnant des dégâts collatéraux sur l’ensemble de l’Internet russe… pendant que Telegram continue de fonctionner, changeant ses adresses IP au fur et à mesure que Roskomnadzor les bloque.

Pavel Dourov a fondé la messagerie instantanée Telegram en 2013, un an avant son départ de Russie. Il vit depuis en exil, se déplaçant de pays en pays avec son équipe de développeurs. Il est régulièrement critiqué par le pouvoir en place, qui a franchi une étape le 16 avril 2018 : suite au refus de la messagerie de livrer les clés de son chiffrement aux services de sécurité, la justice a ordonné un blocage de Telegram sur l’ensemble du territoire russe.

15 millions d’adresses IP bloquées, et Telegram fonctionne toujours !

Telegram, comme toutes les messageries, dispose d’un outil de cryptage garantissant la confidentialité des conversations – un principe fondamental des échanges sur Internet. La demande des autorités russes est considérée par Telegram, à raison, comme une dangereuse intrusion dans la vie privée des citoyens.

Mais bloquer une messagerie semble bien plus facile à ordonner qu’à réaliser ! Roskomnadzor, l’agence fédérale de surveillance des télécommunications, a été chargé d’appliquer la sentence. Et, pour atteindre Telegram, elle n’a pas fait dans la dentelle ! « Ces deux derniers jours, la Russie a bloqué plus de 15 millions d’adresses IP dans le but d’interdire Telegram sur son territoire. Aucune importance : Telegram est resté disponible pour la majorité des Russes » se félicitait Pavel Dourov, le mercredi 18 avril.

Des dégâts collatéraux considérables sur l’Internet russe

En effet, Roskomnadzor a voulu bloquer les adresses IP des serveurs de Telegram, louées par Google ou Amazon : mais plutôt que de les repérer une à une et de les cibler spécifiquement, l’agence a trouvé plus efficace d’attaquer en masse des groupes d’adresses où figuraient celles des serveurs.

Un peu comme attaquer une libellule avec un bazooka : les dégâts collatéraux se sont fait sentir sur tout le net russe. « Pour atteindre Telegram, l’agence a été obligée de mener l’attaque la plus massive contre l’infrastructure de l’Internet de toute l’histoire de la censure russe » note Kiril Martinov, chef du service politique du journal indépendant Novaïa Gazeta.

Les victimes se comptaient par dizaines : des banques, des PME, des sociétés de commerce en ligne se sont brutalement trouvées privées de connexion. Les musées de Moscou ont même dû annoncer une interruption temporaire, « indépendante de leur volonté », de la vente de billets en ligne. 70 de ces entreprises se sont adressées à Agora, une association de défense des droits de l’homme, spécialiste des questions liées au droit d’Internet, pour protester contre cette coupure intempestive.

Pavel Doukov, fondateur de Telegram, en héros de la résistance

L’ironie de l’histoire, c’est que Telegram n’a été que faiblement touché par ce « tapis de bombes » lancées par Roskomnadzor : la messagerie a mis en place une technique pour générer automatiquement des adresses IP.

« Ils font des rotations d’adresse IP pour contourner le blocage, ce qui explique pourquoi ce dernier n’est pas très efficace. C’est un jeu du chat et de la souris : au fur et à mesure que leurs adresses sont bloquées, ils montent de nouveaux serveurs et au fur et à mesure Roskomnadzor les bloque à son tour » détaille Jef Mathiot, un ingénieur en informatique spécialiste de Telegram.

Seconde ironie de l’histoire : cette résistance numérique a transformé Pavel Doukov en un héros aux yeux de l’opposition et des internautes russes attachés à un Internet libre. Symboliquement, des manifestants ont bombardé le siège des services de sécurité, à l’origine du blocage de la messagerie, d’avions en papier multicolore – le logo de Telegram est un avion en papier.

Prochaine cible dans le collimateur des autorités russes : Facebook

Cet échec n’a pas pour autant refroidi les autorités russes, qui demandent désormais le soutien de Google ou d’Amazon pour bloquer efficacement les adresses IP de Telegram. Elles ont également désigné leur prochaine cible : Facebook, sommé de fournir la localisation de la base de données de ses utilisateurs russes et de respecter les lois russes.

La menace est la même que pour Telegram : un blocage en Russie. De là à imaginer Mark Zuckerberg devenir une icône de la liberté, il y a tout de même un pas !


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