Boîtiers IPTV : les « groupes mafieux » innovent

Boîtiers IPTV : les « groupes mafieux » innovent
Culture et droits d'auteur

IPTV Mafias numériques

Participer au financement d’un réseau mafieux basé en Europe de l’Est  ? Aujourd’hui, rien de plus facile : il vous suffit d’acheter un boîtier Android pré-configuré permettant, grâce au piratage IPTV, de visionner en direct toutes les chaînes payantes pour une somme dérisoire.

Réaliser un deal mafieux ne consiste plus nécessairement à se rendre sous un pont à la tombée de la nuit afin de remettre une valise pleine de petites coupures à un homme arborant un trench-coat et un chapeau de couleur foncée. Aujourd’hui, n’importe qui — ou presque — peut, depuis son ordinateur, faire affaire avec la mafia.

Boîtiers IPTV, un phénomène inquiétant

On connaissait les sites de streaming permettant de regarder un film ou un événement sportif en ligne. Désormais, une autre offre commence à inonder la France et l’Europe. Son nom : l’IPTV (Internet Protocol Television). À l’aide d’un boîtier Android pré-configuré et acheté sur le Web, un internaute peut ainsi accéder à l’ensemble des chaînes gratuites et payantes en direct. Interrogé par 01Net.com, un utilisateur explique avoir déboursé 65 euros auprès d’un revendeur chinois pour acquérir un boîtier IPTV. « Une fois le colis reçu, je l’ai contacté par messagerie pour avoir les codes d’accès au bouquet TV. Le service est activé pour un an », ajoute-t-il.

Derrière cette astuce illicite — passible d’une sanction pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende — se cache de grands « groupes mafieux », affirme 01Net.com. Début janvier 2018, une opération de police menée en Grèce, en Bulgarie et à Chypre a justement permis de démanteler un vaste réseau qui proposait ce service.

Selon TorrentFreak, le groupe comptait près de 500 000 abonnés et réalisait un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros par an. Administrée par de véritables « organisations criminelles », la vente de box piratés permettrait également de financer des activités autrement plus dangereuses comme le trafic d’armes, de drogue, etc.

La Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI), l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) ainsi que l’Etat français, surveillent cette nouvelle tendance « comme le lait sur le feu ». D’après Pauline Blassel, le piratage IPTV est « un phénomène émergent qu’il faut interrompre avant qu’il ne se développe. C’est pourquoi la Hadopi a décidé de s’emparer de ce sujet ».

De son côté, Mounir Mahjoubi, le Secrétaire d’Etat chargé du Numérique, appelle à l’action : « face à des opérateurs de plus en plus organisés et technologiquement compétents, nous devons pouvoir créer les outils et l’organisation nécessaires pour répondre plus rapidement à leurs attaques permanentes », avait-il martelé, le 27 septembre dernier à l’Assemblée nationale.

La demande de rançon 2.0

Ces « mafias numériques », comme les appelle Mounir Mahjoubi, sont en effet très structurées et le piratage audiovisuel ne représente qu’un pan de leurs activités numériques. D’après Wieland Alge, vice-président et directeur général EMEA de Barracuda Networks, « le crime organisé a pris le virage du numérique plus vite — et bien mieux — que bon nombre d’entreprises classiques ». Ce dernier prend comme exemple le ransomware Locky et son effroyable efficacité.

En 2016, des milliers d’entreprises — et même des hôpitaux — ont eu à faire au fameux ransomware. Le processus est simple : « si l’infection par phishing réussit, Locky chiffre les fichiers contenus sur le poste et demande le paiement d’une rançon en échange de la clé permettant de les déchiffrer », explique Stéphane Bonnet, Responsable Recherche & Développement chez NetExplorer. Une technique terriblement efficace : devant l’urgence de la situation, bon nombre de victimes ont dû se résoudre à payer la rançon exigée — qui s’élevait parfois à plus de 10 000 euros.

Le numérique est ainsi devenu le nouveau terrain de jeu des mafias en tout genre, qui ne reculent devant rien pour engranger des profits. Ces dernières ont « numérisé » d’anciennes techniques, comme la demande de rançon, ou ont tout simplement innové, à l’image de la vente de box piratées. Mais dans les deux cas, les revenus générés servent à financer des activités autrement plus sinistres…

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