La bulle des objets connectés est-elle déjà en train d’éclater ?

La bulle des objets connectés est-elle déjà en train d’éclater ?
Innovation

Annoncés comme la nouvelle révolution du numérique, les objets connectés peinent à trouver leur public. Chers, parfois inutiles, peu sécurisés, ils s’imposent difficilement en dehors de la sphère des férus de nouvelles technologies : des résultats décevants, très en deçà des espérances, qui entraînent la chute ou la stagnation de certaines pépites annoncées de la French Tech, comme Within, SigFox ou l’agence spécialisée IoT JoshFire.

Dès le début de l’engouement pour les objets connectés, la France s’est présentée comme un solide concurrent : c’était sans doute, de tous les nouveaux marchés liés à l’économie numérique, celui où la French Tech affichait le plus d’ambitions. Et si les prévisions étaient resplendissantes à l’époque, l’institut GfK annonçant par exemple 30 objets connectés par foyers en 2020, la réalité est aujourd’hui tout autre : les objets connectés n’ont pas trouvé leur public.

Chers, pas toujours utiles ni sûrs

Bien sûr, une poignée de mordus de technologie continuera d’acheter la moindre nouveauté présentée comme révolutionnaire, mais le secteur peine à s’imposer auprès du grand public : « Ce n’est pas un phénomène de masse. Les gens normaux ne savent même pas ce qu’est un objet connecté. Et croire qu’on va séduire le marché avec nos objets qui valent 200 euros, c’est une illusion » confie, désabusé, Rafi Haladjian, un ingénieur précurseur des objets connectés.

Si les objets connectés ne s’imposent pas, c’est qu’ils sont souvent chers et peu utiles. Les créateurs de start-up ont lancé sur le marché des concepts sans savoir s’ils répondaient à une demande ou si leur prix correspondaient à ce que les consommateurs étaient prêts à payer. Résultat : des objets fantaisistes, comme la fourchette connectée d’Hapilabs, fragile, coûteuse (environ 100 dollars) et à la raison d’être mal définie.

Cerise sur le gâteau : la sécurité de ces objets laisse à désirer. La cyber-attaque mondiale du 21 octobre dernier par le malware Mirai a utilisé des failles de sécurité de caméras et babyphones connectés pour pénétrer des réseaux – ce qui a permis de faire tomber des sites comme Twitter, Spotify ou Netflix. « Beaucoup d’objets ne sont même pas conçus pour accepter des mises à jour régulières à distance », explique Damien Bancal, spécialiste en cybersécurité.

L’exemple le plus frappant de cet échec est sans doute la montre connectée. Même Apple s’est cassé les dents en ne parvenant pas à vendre son Apple Watch, Motorola a abandonné ce secteur : la montre ne proposait rien de bien nouveau par rapport à un smartphone, rien qui justifie des prix aussi élevés. En 2016, seuls 1,5 million de vêtements et accessoires intelligents ont été vendus, quand les prévisions annonçaient 2 millions. En France, les distributeurs comme la Fnac et Darty ont même réduit leur rayon dédié aux objets connectés.

La disparition de la marque Withings, le piétinement de Sigfox

Conséquence directe de cet échec : de nombreux fleurons annoncés de la French Tech connaissent de violents contrecoups de leur essor initial. Withings a ainsi été racheté par Nokia pour 160 millions d’euros sans avoir réussi à se faire un nom – sa brosse connectée, lancée en partenariat avec L’Oréal, mentionnait à peine le nom du fabricant. La marque, avalée par le géant finlandais, va d’ailleurs disparaître : depuis cette année, le logo Withings n’apparaît plus sur ses objets, remplacé par celui de Nokia.

Sigfox a annoncé triomphalement un tour de table record de 150 millions d’euros en octobre 2016 : valorisée plus d’un milliard de dollars, la start-up est devenue une licorne, leader sur la technologie M2M, permettant aux objets connectés de communiquer sans-fil, entre eux ou avec un serveur, via un signal basses fréquences. Mais depuis cette annonce, la licorne peine à trouver un second souffle, et son réseau ne se développe pas aussi vite que prévu.

HighCo ne parvient pas à développer l’agence de communication JoshFire

Autre exemple symptomatique, celui de l’agence de communication dédiée IoT, JoshFire. Pionnière dans ce secteur, son avenir semblait doré. Fin 2014, elle a été cédée au groupe HighCo via la filiale UserAdgents, qui prévoyait un développement rapide et d’envergure. Deux ans et demi plus tard, force est de constater qu’HighCo a été incapable de faire de JoshFire une référence et peine à lui trouver de nouveaux clients, malgré la taille du groupe, qui emploie 700 personnes pour un chiffre d’affaires annuel de 155 millions d’euros.

Et si certaines analyses restent optimistes, tout indique pourtant que ce marché a été largement surévalué, et que la baudruche est en train de se dégonfler. En restera-t-il quelque chose ? Probablement. Certains objets connectés, notamment ceux permettant de mieux piloter sa consommation d’énergie, parviennent à démontrer leur utilité. Les objets « gadgets », eux, séduisent de moins en moins.

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