Passeport de santé numérique : un outil bientôt incontournable ?

Passeport de santé numérique : un outil bientôt incontournable ?
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Avec la lente reprise du trafic aérien international se profile la nécessité d’imposer un passeport de santé sécurisé pour lutter contre la propagation de la Covid-19. Déjà à l’étude avant la pandémie, cette option plébiscitée par les compagnies aériennes pourrait devenir la norme.

Alors que la reprise des voyages internationaux s’intensifie, les tests PCR et antigéniques pourraient bientôt être complétés par un nouvel outil universel : le passeport de santé numérique. Le 23 novembre, l’Association du transport aérien international (IATA) a dévoilé son projet de « Travel Pass », une plateforme numérique qui centralisera toutes les informations sanitaires à connaître pour se rendre dans un pays étranger par les airs. Disponible dès le premier trimestre 2021, cette application accessible sur smartphone pourrait même devenir à terme un véritable passeport sanitaire pour l’usager, d’après le Français Alexandre de Juniac, directeur général de l’IATA. Les voyageurs pourront ainsi s’informer sur les formalités à accomplir avant leur vol, mais aussi stocker leurs données médicales personnelles, et notamment les résultats des tests anti-Covid sous forme de QR-code scannables à l’aéroport comme une carte d’embarquement.

« Les tests sont la première clé pour permettre les voyages internationaux sans mesures de quarantaine, a expliqué l’ancien patron d’Air France-KLM. La deuxième clé est l’infrastructure mondiale d’information nécessaire pour gérer, partager et vérifier en toute sécurité les données de dépistage correspondant aux exigences de contrôle aux frontières. » En attendant la mise sur le marché de son Travel Pass, l’IATA s’attelle à uniformiser les mesures de contrôle sanitaire dans les pays du globe, à commencer par les tests antigéniques, plus rapides et tout aussi fiables que les PCR, selon l’association. Le but : pouvoir faire redécoller un marché aérien mondial qui a perdu 60 % de son chiffre d’affaire en 2020 et accuse 118,5 milliards de dollars de pertes nettes, selon l’IATA. Il s’agit ainsi d’éviter une vaccination obligatoire pour monter à bord d’un avion, comme la compagnie aérienne Quantas envisagerait de le faire. Car malgré les efforts des autorités sanitaires, Interpol a récemment alerté ses 194 pays-membres sur la menace qui pèse en la matière. Selon l’organisation policière, « une potentielle activité criminelle liée à la contrefaçon, au vol et à la promotion illégale de vaccins contre la Covid-19 et la grippe »serait à craindre, avec « un risque important pour la santé, voire pour la vie ».

Le monde sportif intéressé par un passeport sanitaire numérique

Plébiscité par le secteur aérien, le passeport de santé numérique et sécurisé l’est également par le monde du sport professionnel. Depuis plusieurs mois, l’AS Monaco planche ainsi sur le déploiement d’un « passeport sanitaire dématérialisé » afin de garantir l’état de santé des joueurs et arbitres, mais aussi de « contribuer au retour des fans dans de bonnes conditions », selon Jérémy Cottino, chef de projet au sein du club de la Principauté. « Ce système certifierait avec exactitude que l’utilisateur est sain en termes d’infection Covid », explique-t-il. Pour ce faire, le club monégasque a choisi la technologie Certus, une application développée notamment par le Suisse SICPA, fournisseur de technologies d’authentification et de traçabilité sécurisées et le Britannique Guardtime, fournisseur de blockchain.

L’application permettrait de contrôler l’état de santé des spectateurs à l’entrée des stades sur présentation d’un SMS, e-mail ou QR-code sécurisé, tout en préservant l’anonymat de leurs informations médicales. « Notre travail est de lever l’incertitude sur la donnée et le processus qui amène cette donnée, entre la personne qui fait le test [un laboratoire] et celle qui l’utilise [un stadier, par exemple], explique Philippe Gillet, responsable scientifique à SICPA. Notre spécialité est de sécuriser les données que les gens peuvent utiliser à leur guise et de les protéger contre l’intrusion de la vie privée. » Convaincu de la pertinence de Certus, l’AS Monaco tente depuis cet été de convertir les autres clubs français et la ligue nationale à sa démarche, qui a trouvé un écho favorable dans le championnat anglais.

Un passeport de santé dématérialisé : une idée qui a déjà fait son chemin dans l’aérien

L’application européenne a également séduit la compagnie russe Aurora Airlines, qui depuis fin octobre incite ses passagers à utiliser Certus avant leur départ. Le résultat des tests de dépistage est stocké dans le smartphone des usagers, qui n’ont ensuite qu’à scanner un QR-code pour prouver leur état de santé. En garantissant le respect des mesures sanitaires en vigueur, et ainsi la protection des autres passagers, du personnel et des populations, la propagation du virus semble considérablement mise à mal. À l’avenir, l’application pourrait servir pour d’autres pathologies et faire de ce passeport de santé sécurisé la norme pour les voyages internationaux. Si la pandémie de Covid-19 a accéléré les choses, ce type de procédé était déjà envisagé de longue date par le secteur aérien, et notamment l’IATA, afin de remplacer les documents papier. Beaucoup moins fiables que via la blockchain, les carnets de vaccination, formulaires d’information et autre passeports traditionnels sont-ils amenés à disparaître ?

« Le jour où le coronavirus cessera de représenter une menace majeure, les passeports sanitaires resteront sans doute indispensables à cause de la multiplication des maladies infectieuses et de crainte de nouvelles pandémie », peut-on lire dans le quotidien britannique The Telegraph. « Nos procédures de voyage, en grande partie basées sur des documents papier, ne permettent pas de faire face à la crise sanitaire, non seulement parce qu’ils nécessitent trop de manipulations et de vérifications, mais aussi parce qu’ils contiennent trop peu d’informations, souligne Mickael Skapinker, chroniqueur au Financial Times. Les voyages reposent sur les documents papier depuis des décennies. La parenthèse actuelle devrait être l’occasion, pour le transport aérien, de se réinventer ». Une idée qui a déjà fait son chemin, à l’image du passeport de santé numérique PassCare, lancé en 2019 pour faciliter et sécuriser le partage de données médicales entre patients et professionnels de santé à travers le monde.

Si le bon vieux passeport couvert de tampons et de visas est en passe d’être remplacé par son équivalent numérique, il gardera pour beaucoup une valeur sentimentale sans égal…

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