D’où vient notre dépendance aux smartphones ?

D’où vient notre dépendance aux smartphones ?
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En quelques années, il est devenu le compagnon incontournable de la vie digitale des Français, si bien qu’aujourd’hui, certains le considèrent comme une extension d’eux-mêmes. Mise en exergue par nombre de psychologues et de chercheurs, la dépendance aux smartphones pose question, d’autant que l’origine de cette « addiction » ne saurait se trouver dans les seules « notifications », accusées un peu vite de tous les maux.

En une décennie, le smartphone s’est imposé comme l’objet indispensable de tout un chacun en concentrant l’intégralité des fonctionnalités de l’activité numérique, tant dans la vie professionnelle que dans la vie personnelle. Ce « couteau suisse » digital qui permet à la fois de communiquer, de s’informer ou de se divertir contient, par ailleurs, aussi bien les données les plus confidentielles de ses utilisateurs que leurs souvenirs les plus intimes. Pas étonnant que les Français y vouent un attachement quasi viscéral, une dépendance qui porte, d’ailleurs, un nom : la « nomophobie ».

Étude Ipsos / Sfam : 71% des Français anxieux à l’idée de se faire voler leur smartphone

Ce « mot-valise » employé pour qualifier la crainte d’être séparé de son smartphone reflète la réalité d’une grande majorité de Français, comme le révèle une étude d’Ipsos menée en février 2019 pour SFAM, leader des solutions d’assurance pour objets connectés. « 71 % d’entre eux déclarent éprouver une grande anxiété en cas de vol et 63 % en cas de perte ». Car au-delà de la dimension « affective », acquérir un smartphone « nouvelle génération » représente un investissement financier non négligeable.

« Près d’un Français sur cinq a dépensé entre 500 et 1.000 euros pour son dernier smartphone », selon les chiffres de cette même enquête. Pas étonnant que de plus en plus d’utilisateurs souscrivent une assurance auprès, notamment, du leader en couverture multirisque pour smartphones. Le groupe aux cinq millions de clients en Europe et à la croissance exponentielle (+2.400 % en cinq ans) précise, par exemple, que 20 % des utilisateurs en Provence-Alpes-Côte-d’Azur déclarent avoir souscrit un contrat dédié.

Une dépendance plus complexe qu’il n’y paraît

Si la dépendance aux smartphones est une réalité, il convient néanmoins de tordre le cou à certaines idées reçues, et en premier lieu, à celle qui voudrait qu’elle trouve sa source dans les notifications envoyées par les applications. Une étude de la London School of Economics tend d’ailleurs à démentir cette affirmation. Selon les recherches de l’université britannique, les interactions seraient provoquées moins par les notifications reçues que par les actes spontanés des utilisateurs. « L’expérience menée au cours de cette étude a permis d’analyser, grâce à une caméra embarquée, l’usage du smartphone par 37 personnes en France, au Royaume-Uni et en Allemagne et dont la moyenne d’âge était de 25 ans. Au total, plus de 1.130 interactions ont été enregistrées. Parmi ces interactions, 89% étaient spontanées et seulement 11% étaient dues aux notifications reçues ».

Les conversations WhatsApp, la navigation Facebook et Instagram via l’utilisation du scroll (le déroulement), mais aussi le simple fait de consulter son écran de navigation, concentreraient la majorité de ces interactions, synonymes de dépendance – certaines d’entre elles, comme les discussions en groupe, étant même perçues comme un facteur de stress par les participants. Une dépendance et un sentiment d’angoisse d’autant plus importants en cas d’utilisation prolongée.

Un stress proportionnel au temps d’utilisation

C’est ce qui ressort d’une autre étude menée par des chercheurs de l’Université d’Ohio State sur près de 500 jeunes Portugais âgés de 18 à 24 ans, publiée dans la revue Computers in Human Behavior Reports. Selon Ana-Paula Correia, l’auteure de l’étude, la nomophobie serait le « signe d’un sentiment plus profond d’insuffisance et d’infériorité et une tendance à avoir un comportement plus obsessionnel et compulsif ».

Elle met en lumière, par ailleurs, que les symptômes relevant de l’anxiété, de l’obsession-compulsion et le sentiment d’insuffisance seraient d’autant plus grands chez les personnes qui passent un temps important sur leur smartphone, notamment pour consulter les réseaux sociaux. Car, outre la durée consacrée à son smartphone, l’utilisation qui en est faite aurait une influence sur le stress ressenti. « Il y a une différence entre l’utilisation normale d’un smartphone qui profite à la vie d’une personne – par exemple, le chat vidéo avec des amis lorsque vous ne pouvez pas être ensemble en personne ou l’utiliser pour le travail – et l’utilisation d’un smartphone qui interfère avec la vie d’une personne. Ce type de comportement est plus susceptible de causer de l’anxiété lorsque nous sommes loin de nos téléphones ».

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