Alexandre Hampe (Hubside): « Le digital n’a de sens que s’il facilite la vraie vie »

Alexandre Hampe (Hubside): « Le digital n’a de sens que s’il facilite la vraie vie »
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Pour Alexandre Hampe, directeur des opérations chez Hubside, la fracture numérique ne pourra pas être résorbée sans le développement d’un Web plus inclusif.

« Être coupé du réseau revient tout simplement à être coupé du monde ». C’est en ces mots qu’Alexandre Hampe, directeur des opérations chez Hubside, pointe du doigt l’une des conséquences de la diffusion massive du numérique dans la société. Qu’il soit question d’éducation, d’information, de relations amicales et amoureuses ou d’emploi, toutes les composantes de la socialisation passent aujourd’hui en grande partie par Internet. Or, selon le secrétariat d’État au numérique, 13 millions de Français en sont éloignés : ils ne l’utilisent pas ou peu et rencontrent des difficultés quand ils veulent s’en servir. 

Tous les territoires et toutes les couches de la société sont concernés par ce phénomène d’illettrisme numérique, aussi connu sous le nom d’« illectronisme ». Près de 34 % des personnes résidant dans les villes moyennes disent ne pas du tout profiter des opportunités offertes par le numérique. De multiples facteurs d’inégalités existent entre les Français en fonction des territoires, de l’âge, des niveaux de revenus et de qualification. Si un tiers des Français en moyenne s’estiment peu ou pas compétents pour utiliser un ordinateur, le taux atteint 74 % pour les Français non diplômés. Et les jeunes ne font pas exception à la règle. Ceux-ci, « que l’on considère comme des véritables Paganini du numérique, sont très habiles sur les réseaux sociaux, mais complètement démunis quand il s’agit de poster un CV ou de faire une recherche plus approfondie, sans parler des relations avec l’administration », explique Philippe Marchal, président du syndicat de la presse sociale.

Des sites « difficiles à utiliser »

Conscient de l’ampleur de cette fracture numérique, le gouvernement a décidé d’agir. Le 13 septembre 2018, Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État au Numérique, présentait un plan national « pour un numérique plus inclusif ». Objectif : aider les personnes à « développer leur capacité à s’approprier les outils numériques et les compétences clés pour reprendre en main les services en ligne ». Le lancement d’un pass numérique durant l’été dans 48 collectivités s’inscrit dans la lignée de cette stratégie d’inclusion numérique. Ce pass se présente sous la forme d’un carnet de 10 chèques de 10 euros chacun qui donnent accès à des ateliers. Les détenteurs du pass pourront être formés à l’usage d’Internet, en particulier dans le domaine administratif.

Une montée en compétences des populations qui ne sera efficace qu’à condition qu’elle s’accompagne d’un travail de fond pour rendre les sites plus accessibles, estime le syndicat de la presse sociale (SPS). Pour son président, le travail doit être fait en amont, en intégrant les contraintes des publics spécifiques dès la rédaction du cahier des charges des sites et en sensibilisant les concepteurs et les producteurs de contenus. Et de souligner qu’« un grand nombre de sites, y compris en ce qui concerne l’administration, sont difficiles à utiliser. Ils doivent être plus simples, moins jargonnant, avec un langage clair et précis, pas de sigle, pas de jargon. Un site doit être plus facile à utiliser que ce n’est le cas aujourd’hui ».

Pour un Web plus inclusif

Un diagnostic partagé par Alexandre Hampe, d’Hubside. L’entreprise a développé une plateforme qui permet aux internautes de créer leur site Web en seulement quelques minutes, sans avoir besoin de compétences particulières en informatique. « Le digital n’a de sens que s’il facilite et améliore la vraie vie » souligne-t-il. C’est pourquoi il est pour lui indispensable de se demander à quels besoins les outils digitaux doivent répondre pour toucher l’ensemble de la population.

« Les personnes qui se connectent peu (ou pas) le feraient peut-être davantage si elles avaient pleinement la main sur les outils à leur disposition », estime-t-il. La simplicité et la personnalisation pourraient donc être, demain, les leviers incontournables d’un Web plus inclusif.

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