L’industrie du cinéma américaine se convertit à l’open source

Aug 27, 2018
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L’académie américaine des arts et sciences du cinéma, qui coordonne la régulation de l’industrie cinématographique (et organise les Oscars), vient d’annoncer un partenariat d’importance avec la Linux Foundation. L’objectif est de développer des outils open source utilisés par les studios de cinéma, mais aussi la télévision et les jeux vidéos.

L’académie américaine des arts et sciences du cinéma a été créée en 1927 pour normaliser les pratiques techniques dans l’industrie du cinéma, et développer des codes déontologiques, afin de limiter les conflits sociaux et d’élaborer des feuilles de routes pour les grands studios.

Une fondation pour faciliter les échanges open source dans l’industrie du cinéma

Si elle est surtout connue du grand public pour remettre tous les ans ses Academy Awards, communément appelés les Oscars, l’académie, forte de 8 000 membres, conserve un rôle clé dans la régulation de l’industrie cinématographique américaine.

C’est dans ce cadre qu’elle a signé un partenariat avec la Fondation Linux, afin de créer une entité commune. Baptisée Academy Software Foundation (ASWF), elle a pour objectif, selon son communiqué de création, de « fournir un espace de discussion, de partage et de collaboration pour les développeurs de logiciels libres travaillant dans l’industrie du cinéma ».

84% des professionnels du cinéma utilisent des logiciels open source…

Deux ans d’enquête menés par l’académie ont démontré que 84% des professionnels du cinéma utilisent, à un moment ou à un autre de la chaîne de production, des logiciels open source – une proportion qui augmente encore dans les secteurs qui utilisent le plus l’informatique, l’animation et les effets spéciaux.

Mais l’académie a également mis en évidence de nombreux soucis liés à ces logiciels open source, essentiellement provoqués par un manque de structuration et de standardisation. Ainsi, chaque société a tendance à développer ses propres outils open source, sans forcément les croiser avec les logiciels développés par un concurrent – alors qu’un développement commun permettrait d’optimiser plus rapidement l’outil en question.

…mais un manque de collaboration gêne leur développement

De même, les entreprises se retrouvent obligées de gérer de nombreuses versions des bibliothèques logicielles pour assurer une bonne compatibilité avec l’ensemble des intervenants d’un projet. Enfin, l’écosystème souffre de la présence de différents modèles de licence et de gouvernance.

L’enquête cite notamment le format de fichier OpenEXR, développé par le studio de Georges Lucas Industrial Light & Magic (ILM) : bien qu’il soit open source et extrêmement répandu dans l’industrie, son code source est très particulier, rendant les contributions à son amélioration difficiles, d’autant que son créateur a quitté ILM depuis.

« Partir d’une base solide pour résoudre des défis uniques et créatifs »

L’ASWF vise à pallier ces inconvénients en mettant en place une gouvernance unique des projets open source liés aux industries du cinéma, de la télévision et du jeu vidéo, avec un cadre juridique précis et une communauté de contribution ad hoc. Les contributions seront ainsi facilitées, ainsi que le partage des ressources, via des échanges de bonnes pratiques. Une amélioration ou une correction apportée à un logiciel pourront bénéficier à l’ensemble des acteurs de l’industrie.

En unifiant ainsi l’écosystème de l’open source pour le cinéma, la fondation pourra améliorer la qualité et la quantité des contributions, et offrir des outils moins nombreux et plus performants : “L’open source permet aux développeurs et aux ingénieurs de notre industrie de partir d’une base solide pour résoudre des défis uniques et créatifs plutôt que d’avoir a réinventer la roue à chaque nouveau projet”, a déclaré dans un communiqué Rob Bredow, dirigeant d’Industrial Light & Magic et membre du conseil scientifique et technologique de l’académie.

Pour le cinéma, mais aussi la télévision et les jeux vidéo

L’ASWF voit d’ailleurs plus loin que le cinéma, puisque ces logiciels pourront bénéficier aux industries de la télévision et, bien évidemment, du jeu vidéo, qui utilise de nombreux outils identiques ou proches de ceux employés par les secteurs de l’animation ou des effets spéciaux.

Les membres fondateurs de l’ASWF sont d’ailleurs représentatif des visées de la fondation : on y retrouve les studios de cinéma Blue Sky, Dream Works Animation et Walt Disney Studios, les entreprises d’effet spéciaux Animal Logic et Double Negative, le spécialise de logiciel 2D/3D Autodesk, le studio de post-production Weta Digital, les sociétés informatiques Cisco, Google Cloud et Intel et le studio de jeu vidéo Epic Game.