France : le piratage en légère baisse en 2017, le streaming au firmament

Jun 26, 2018
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Les chiffres 2017 du piratage vidéo en France sont tombés : si le nombre de pirates a baissé ces deux dernières années, les pratiques se concentrent de plus en plus nettement vers le streaming, qui a plus que jamais le vent en poupe.

Pour la 8ème année consécutive, l’Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA) présente son baromètre sur la consommation illégale de vidéos en France.

Une baisse du piratage provoquée par les fermetures de site illégaux ou par l’avènement de Netflix ?

La bonne nouvelle est que la tendance observée l’année dernière se poursuit : le nombre de pirates continue de baisser :

  • 14 millions en 2015 (30% de la population internaute totale)
  • 13 millions en 2016 (27%)
  • 12 millions en 2017 (26%), soit le chiffre le plus faible, en absolu comme en pourcentage, depuis la création de l’étude, en 2010.

L’ALPA y voit « une conséquence directe des actions judiciaires menées contre les sites pirates par les ayant droits, grâce aux procès verbaux dressés par les agents de l’ALPA » ; mais l’association oublie un peu vite l’impact du développement récent d’offres légales à abonnement mensuel, de type Netflix ou Amazon Prime, qui a probablement eu un impact plus significatif.

Les pirates s’adaptent aux interdictions et aux fermetures de site

Car pour le reste, l’adaptabilité semble être le maître mot d’une population pirate qui se maintient entre un quart et un tiers des internautes. L’évolution des protocoles de piratage suffit à s’en convaincre : la création de la HADOPI, en 2010, a certes provoqué un net reflux du P2P (- 1,2 millions d’utilisateurs) entre 2010 et 2011, mais compensé par les hausses du téléchargement direct (+1,1 millions) et du streaming (+0,8 millions).

De même, la spectaculaire fermeture de Zone-Téléchargement.com, fin 2016, a largement contribué à la chute du téléchargement direct entre 2016 et 2017 (- 1,3 millions d’utilisateurs), là aussi compensé par un retour de croissance du P2P (+1,3 millions), le premier depuis 2012, et une poursuite de la hausse des utilisateurs de streaming, avec +1 million d’utilisateurs.

Le streaming illégal : 372 millions de vidéos par an, jusqu’à 20% des audiences des événements sportifs !

Les pirates sont, par ailleurs, plutôt masculins, jeunes, actifs et franciliens, donc au fait des évolutions technologiques : ils sont ainsi capables de basculer d’un protocole à une autre, quand les efforts des autorités agissent sur l’un d’entre eux.

Le streaming (et le live streaming) est désormais le mode privilégié de piratage des internautes. Il représente, sur l’année 2107, 372 millions de vidéos consommées illégalement, 2h35 de temps passé chaque mois par utilisateur, pour 82 millions de visites mensuelles sur des sites dédiées à la contrefaçon.

Le sport, et notamment le football, est de plus en plus touché par le live streaming : suivant les événements, l’ALPA estime que le pourcentage d’audience siphonnée par le live streaming illégal s’établit entre 10 et 20%, ce qui est considérable. Le pic de piratage a été atteint par le match Paris-Saint-Germain – FC Barcelone, avec 332 000 pirates, contre 1,6 millions de spectateurs légaux, soit 21% du total !

Une poignée de sites contrôlent le marché de la piraterie

Ce qui frappe également, c’est la concentration de la piraterie sur un petit nombre de site. Sur les 2 000 sites proposant du contenue illégal analysés par l’ALPA, les 10 les plus fréquentés en France sont à l’origine de 73% des piratages d’oeuvres – et les cinq sites favoris concentrent 52% de ces piratages : plus de la moitié des internautes accèdent à des contenus illégaux à partir de cinq sites uniquement.

Et c’est sans doute, encore aujourd’hui, là que le bât blesse. Entre la réactivité des internautes qui basculent sur d’autres protocoles, et celles des sites pirate qui, à peine condamnés, créent des clones ou font migrer leur nom de domaine, le système judiciaire français a atteint ses limites.

Des actions judiciaires à l’efficacité (trop) limitée, faute d’une législation adaptée

Rappelons qu’une ordonnance du 6 juillet 2017 du tribunal de grande instance de Paris a ordonné de bloquer et de déréférencer les trois principaux sites de streaming illégaux francophones (LibertyLand, Voirfilms et StreamComplet), qui sont assurément dans le top 5 déjà évoqué. Et que ces trois sites se portent comme des charmes, ayant migré vers un autre nom de domaine qui n’est pas, lui, concerné par l’interdiction.

Rappelons également que la fermeture de Zone-Téléchargement, présentée comme un coup de maître par l’ALPA, n’a pas empêché la création de plusieurs clones, fonctionnant sur le même principe. Il a certes fallu quelques mois pour que l’offre retrouve celle de l’ancien site, mais aujourd’hui son clone se porte lui aussi très bien, merci pour lui !

Cette concentration est pourtant propice à des réponses ciblées et efficaces. Nous avons déjà, à plusieurs reprises, évoqué cette nécessaire nouvelle législation, plus souple et réactive, adaptée aux pratiques des pirates, que le gouvernement affirme vouloir mettre en place, sans doute d’ici la fin de l’année. D’ici là, le piratage a probablement encore de très beaux jours devant lui…