Régulation de la pornographie : Macron oubliera-t-il le streaming illégal ?

Dec 6, 2017
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La charge violente d’Emmanuel Macron contre l’exposition des enfants et adolescents à la pornographie est salutaire : le président pointe du doigt un vrai problème d’Internet et de sa difficile régulation. Pour autant, les mesures concrètes proposées par le président semblent pour l’heure bien floues, et n’évoquent pas l’une des portes d’entrée les plus classiques vers la pornographie : les publicités du streaming illégal.

« La pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d’humiliation » : dans son allocution de ce samedi 2 décembre 2017, Emmanuel Macron ouvre une nouvelle croisade, des plus salutaires, contre l’exposition des plus jeunes à des images pornographiques, via Internet.

« Traquer et réguler les contenus inacceptables »

«Il nous faut traquer et réguler les contenus inacceptables, prendre à bras le corps ce phénomène que nous ne voulions pas voir (…). Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur son influence. » a ajouté le président de la République. Il a réclamé une plus grande régulation de ces images sur Internet, en étendant le pouvoir du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), pour exercer ce « contrôle indispensable sur tous les contenus qui peuvent conduire à la violence contre les femmes ».

Le président pointe une réalité dangereuse et confirmée par toutes les études : les enfants et adolescents ont de plus en plus fréquemment accès, de plus en plus jeune, à des images pornographiques ; l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique indiquait en mars 2017 que « la moitié des adolescents âgés de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique (51 %), soit une proportion en nette hausse (+ 14 points) en quatre ans (37 % en septembre 2013) ». Dans cette même étude, un adolescent sur deux estimait que la pornographie avait participé à son apprentissage de la sexualité.

Le streaming illégal expose involontairement à la pornographie dès le plus jeune âge

Mais, si les mesures d’éducation et d’accompagnement proposé par Emmanuel Macron semblent bien de salubrité publique, cette volonté présidentielle de régulation demeure pour l’heure bien floue : Internet est l’un des espaces les plus complexes qui soient à contrôler. Et le CSA n’a aucune expérience en la matière.

Certaines associations proposent de commencer par s’attaquer à la source du problème, à savoir l’exposition involontaire à des images pornographiques pour de jeunes, voire très jeunes enfants, le plus souvent via des publicités sur des sites de streaming illégal. Il est en effet plus que courant que ces plateformes illégales soient financées par des sites pornographiques, qui imposent la vision d’annonces au contenu souvent extrêmement explicite.

Et cela concerne tous les types de streaming illégaux : les films, bien évidemment, y compris ceux potentiellement tout public, mais aussi les séries télévisées et les sites diffusant des contenus sportifs. Qu’un enfant se retrouve devant une image pornographique en voulant visionner un match du PSG n’a rien d’original. Une étude estime que l’âge moyen d’accès à une image de ce type se situe à 11 ans.

Des enfants de 8 ou 9 ans confrontés à « des images inadaptées »

Une infirmière scolaire témoigne de cette glaçante réalité, intervenant en classes de primaire et de maternelle : « L’an dernier, avec l’assistante sociale, nous avions organisé un échange sur les dangers d’Internet en classe de CE2. Les enfants, qui ont 8 ou 9 ans, ont expliqué qu’ils utilisent la tablette de leurs parents car dans ces foyers, il y a rarement un ordinateur familial. Ils vont jouer à des jeux vidéo dans leur chambre ou surfer sur YouTube qui marche très fort à cet âge. Et nombreux sont ceux qui sont déjà tombés sur des images inadaptées. Ils ont tout à fait conscience que ce n’est pas pour eux et sont gênés par la nudité, ne serait-ce que par certaines publicités qui montrent une femme sous la douche. »

Cette lutte contre une exposition trop tôt à la pornographie est l’un des combats de l’association Ennocence : “Plus on réduit l’exposition hors site pornographique, plus on réduit la volonté de recherche des jeunes d’aller sur des sites pornographiques. » note Gordon Choisel, président de l’association, qui réclame depuis des mois des moyens législatifs de faire face à ces réalités.

Bientôt une reprise en main d’Internet par les autorités françaises ?

Et si une généralisation du contrôle parental ainsi qu’une vigoureuse politique d’éducation semblent aujourd’hui indispensables, une politique plus agressive contre ces sites est un complément nécessaire. Car ils sont illégaux, tombent sous le coup de la loi, et une simple application de cette dernière suffirait à limiter cette porte d’accès à la pornographie.

Mais il faudrait pour cela une politique plus volontariste des autorités françaises qui, dans ce domaine comme dans les autres, accusent un retard considérable en terme de régulation d’Internet. En espérant que la déclaration d’Emmanuel Macron débouchera rapidement sur des mesures concrètes, permettant de réellement contrôler et réguler les dangereux débordements de l’Internet en France.