Neutralité du net : mobilisation décevante pour la manifestation du 12 juillet

Jul 18, 2017
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La bataille pour la neutralité du net est capitale pour l’avenir du web, mais les groupes de la Silicon Valley se sont très timidement manifestés le 12 juillet, bien loin de certaines campagnes d’ampleur qui avaient fait basculer le politique. Parce qu’ils estiment la bataille perdue et ne veulent pas se mettre à dos la FCC, l’administration Trump et les FAI ?

Le 12 juillet devait être une date qui compte dans la bataille qui s’est ouverte pour défendre la neutralité du net : mais la montagne a accouché d’une souris, un manque de soutien inquiétant et qui peut faire craindre que l’administration Trump a déjà gagné.

Une voie ouverte à un Internet à plusieurs vitesses

Ajit Pai, le nouveau président de la FCC (Federal Communications Commission), l’autorité de contrôle des télécoms américains, a fait voter le 18 mai 2017 le principe de la suppression de la neutralité du web. Cet ancien avocat de Verizon a toujours soutenu les groupes de télécoms et les FAI (Fournisseurs d’accès à Internet), qui souhaitent pouvoir mettre en place un Internet à plusieurs vitesses, où les grands sites paieraient pour avoir un débit plus élevé et les autres se contenteraient d’un débit plus réduit.

La neutralité du net est le principe qui empêche cela en ne faisant aucune discrimination, en terme de débit, sur les données transmises. Très bientôt ce principe pourrait tomber, limitant de fait l’audience de « petits » sites aux Etats-Unis et freinant ainsi l’innovation. Cette loi permettrait de plus aux FAI de contrôler le débit des sites Internet, ouvrant la porte à toutes les dérives possibles et à toutes les pressions pour mettre en avant leurs propres contenus ou ceux de leurs partenaires, voire de vendre le débit au plus offrant.

La Silicon Valley a déjà su renverser des projets de loi…

Une phase de concertation sur le sujet s’est ouverte jusqu’au vote définitif du texte. Dans l’intervalle, les citoyens peuvent faire pression sur la FCC pour amender et supprimer le texte.

La Silicon Valley et les Géants du Web se sont toujours rangés du côté de la neutralité du net, la défendant et la mettant en avant. L’association Battle For Net avait lancé un appel à manifester pour le 12 juillet, sur Internet, afin de rallier le maximum de citoyens à cette cause. Par le passé, des manifestations massives sur Internet avait pu faire basculer l’exécutif et annuler des lois, comme en 2012 contre la loi qui voulait fermer des sites étrangers parce qu’ils hébergeaient des contenus illégaux.

L’annonce très tardive de participation de Google et Facebook ne laissait rien présager de bon, et, effectivement, le résultat était loin du blackout total espéré. Battle For Net comptait sur des sites aux pages d’accueil en noir, ceintes de bandeaux virulents, voire des sites ralentis ou à l’accès fermés pendant un temps. Las, seules quelques petites sociétés et associations ont été jusque là.

mais s’est à peine mobilisé cette fois-ci

Reddit est probablement le site à avoir proposé l’action la plus visible et la plus originale, en pixelisant son logo et en proposant en page d’accueil un texte s’affichant très lentement, se concluant par cette phrase : « L’Internet est moins drôle quand vos sites favoris se chargent lentement, n’est-ce pas ? » et un appel à la mobilisation.

Mais pour le reste la mobilisation a été plus que timide : Amazon, Netflix, Spotif ou Twitch se sont contentés de bandeaux sur leurs pages d’accueil. Une action tout de même plus courageuse que Google, qui a publié un article de blog mais rien sur sa page d’accueil, ou Facebook, qui a simplement relayé des déclarations de Mark Zuckerberg défendant la neutralité du net. D’autres, comme Microsoft, n’ont tout simplement pas participé.

Ne pas s’engager dans une bataille perdue d’avance pour bien se fair voir ?

Devant l’enjeu ce manque de mobilisation pose question : face à la détermination de Donald Trump et d’Ajit Pai à se débarrasser de la neutralité du net, on peut imaginer que Google ou Facebook estiment la guerre perdue et anticipent déjà l’Internet à plusieurs vitesses. Leur action timide serait une façon de conserver les bonnes grâces de la FCC et des FAI, afin de pouvoir négocier, l’heure venue, un débit intéressant.

Peut-être même estiment-ils aujourd’hui qu’un Internet à plusieurs vitesses, même s’il les forcera à payer pour disposer d’un meilleur débit, renforcera leur position en tuant dans l’oeuf toute potentielle concurrence… Dans tous les cas, l’atonie de cette journée d’action ne présage rien de bon pour l’Internet de demain.