Streaming sportif illégal : 2017, l’année de la contre-attaque

Jun 20, 2017
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Ce début d’années a vu se multiplier les actions pour contrer le développement des sites de streaming sportif illégaux : des décisions de justice ont fait fermer des sites, des pirates se sont retrouvés sous les verrous, l’heure est à la contre-attaque chez les diffuseurs et l’industrie de la retransmission sportive.

200 millions d’euros : ce sont les pertes estimées provoquées par le piratage selon le président de beIn Sports, Youssef Al-Obaidly – des pertes convergentes à celle de son concurrent Canal +. La chaîne originaire du Qatar, quatre ans après son lancement, a fait de la lutte contre le streaming illégal sa priorité.

En effet, ces sites diffusent (ou proposent des liens vers des sites qui diffusent) des événements sportifs en direct sans en avoir le droit. Les images sont récupérées à partir d’un internaute qui a accès à ce contenu, puis reproduites. Selon le cas, il peut s’agir directement des images du diffuseur dans le pays (dans ce cas, les images de beIn Sport, avec les commentaires de la chaîne) ou bien d’images récupérées dans un autre pays, et donc avec des commentaires dans une autre langue. La pratique est illégale dans les deux cas, car le diffuseur dispose de l’exclusivité de ces images sur un territoire donné.

Le streaming sportif illégal ébranle un écosystème tout entier

Si le streaming sportif illégal est autant combattu, c’est qu’il remet en cause un écosystème tout entier, celui du monde sportif au sens large. En effet, depuis une dizaine d’années, les droits versés pour diffuser en exclusivité les événements sportifs majeurs ont littéralement explosés. Cela génère une manne financière d’importance pour les grands clubs, mais aussi pour les fédérations et donc, par contrecoup, pour tous les pratiquants dudit sport.

Dit autrement, quand les droits pour diffuser du football augmentent en France, ils augmentent les recettes de la Fédération Française de Football, lui permettant de financer le football amateur. Parallèlement l’industrie du sport génèrent de nombreux emplois, dans l’administratif, l’événementiel, la sécurité, le bâtiment. Avec des revenus moins élevés, ces emplois seraient moins nombreux.

Diffuseurs et fédérations montent au créneau

Ce sont cependant le plus souvent les diffuseurs et les fédérations sportives qui sont en première ligne, car les premiers visés ; mais ils soulignent avec raison que si le développement du streaming illégal n’est pas freiné, les droits versés vont baisser, fragilisant un système au final bénéfique à la société.

Durant l’Euro 2016, par exemple, beIN Sport a comptabilisé « la présence d’environ 100 sites qui proposaient illégalement des matches en streaming », dont un qui « a été consulté par 330 000 visiteurs sur le seul match Allemagne/Italie du 2 juillet. Si on multiplie cette audience par le nombre de sites répertoriés, on se rend compte de l’ampleur du phénomène et du préjudice qui en résulte pour le diffuseur », explique Youssef Al-Obaidly.

Le préjudice est évidemment le même pour Canal +. Et les actions devant les tribunaux sont un des points d’accord entre les deux rivaux : « Nous avons commencé à demander la fermeture de sites pirates et nous allons continuer de le faire, car nous pensons que cela handicape l’ensemble du paysage audiovisuel français » détaille Youssef Al-Obaidly.

En Espagne, un site de streaming sur le coup d’une fermeture judiciaire

Le fait est qu’au niveau européen, deux affaires ont ébranlé la communauté des pirates, et eu un impact sur la France – même si les sites sont hébergés ailleurs, ils sont accessibles depuis la France également.

Rojadirecta, un agrégateur de lien menant à des streaming sportif illégaux, a fini par tomber. Le site espagnol, qui avait déjà été attaqué par les autorités américaines et la Ligue de Football Professionnelle française, est sous le coup d’une décision de justice ordonnant sa fermeture, suite à une plainte déposée par DTS (MovieStar +).

Au Royaume-Uni, cinq suspects sous les verrous

Au Royaume-Uni, c’est une union de la Fédération contre le vol de copyright, de la Premier League (première division de football professionnel anglais) et des principaux diffuseurs de football (Sky, BT Sport et Virgin Media) qui a conduit à une spectaculaire arrestation. Cinq personnes ont été appréhendées pour avoir vendu des box de type Kodibox modifiées, leur permettant de diffuser gratuitement des matchs de Premier League sur Internet. Un trafic qui aurait rapporté 250 000 livres aux suspects.

Les procédures de ce type se multiplient, comme pour les sites de streaming de films ou les sites de téléchargement illégal. Une reprise en main bénéfique pour les industries du sport et de la culture.