L’internet des objets: l’innovation au service du consommateur et des entreprises

May 15, 2017
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La multiplication des objets connectés dans notre quotidien est perçue comme la prochaine grande révolution. Adaptabilité des services, changement de mode de consommation, source intarissable de données marketing, les retombées positives sont nombreuses. Cela s’accompagne cependant de plusieurs interrogations concernant la sécurité des données des usagers.

A mesure que la révolution numérique se déroule, de nouveaux aspects sont sans cesse mis à jour. Analystes et acteurs semblent d’accord pour dire que la prochaine étape du bouleversement 3.0 sera l’Internet des objets (ou IoT pour « Internet of Things »). De quoi s’agit-il ? D’une multitude d’objets physiques connectés : smartphones, ordinateurs portables, téléviseurs, consoles, implants médicaux, thermostat, caméra, électroménager, etc. Et la tendance est à la hausse: le cabinet d’étude Gartner estime que de 6,4 milliards d’objets connectés à travers le monde en 2016, on devrait atteindre 8,4 milliards au cours de l’année 2017, 11,2 milliards en 2018, et plus de 20 milliards d’objets connectés en circulation à partir de 2020 !

D’abord cantonné à la téléphonie mobile et au divertissement, le « boom » affecte désormais de nombreux secteurs, en particulier dans les domaines de la santé et de l’énergie. C’est ce qu’a pu montrer le dernier salon IoT World qui s’est déroulé fin mars au Parc des Expositions de Paris. Il a rassemblé des responsables informatiques et des chefs de projets Internet des objets de grandes entreprises françaises.

Un baromètre coréalisé par la chaire d’économie numérique de Paris-Dauphine et Médiamétrie nous apprend que « 59% des personnes portent un intérêt aux objets connectés permettant un suivi quotidien de leur santé ». Partant de simples trackers d’activité dédiés au bien-être, on arrive désormais à des produits d’assistance médicale à proprement parler, comme des inhalateurs intelligents pour les individus souffrant de maladies pulmonaires, ou des glucomètres connectés pour les diabétiques.

Innovation des services

Cette arrivée massive d’objets connectés permet de faciliter le quotidien des consommateurs. Plusieurs grandes entreprises en profitent d’ailleurs pour d’améliorer l’expérience SAV client, comme chez Darty. La marque a lancé son « bouton connecté » en 2014. Il permet de mettre en contact sur une interface simplifiée les équipes techniques et tous les consommateurs, y compris ceux qui n’ont pas acheté leur produit dans l’enseigne. Ce service est aussi disponible via une application. Certaines innovations permettent aussi de simplifier les habitudes de consommation à l’image de Carrefour, qui a créée Pikit – un petit capteur associé au réfrigérateur, avec lequel on peut scanner les produits que l’on souhaite ajouter à sa liste de commande. « Nous sommes partis d’une réflexion pour simplifier le parcours client grâce à un objet à portée main », souligne Guillaume Montagnon, responsable projets e-commerce alimentaire du groupe.

Pour les entreprises, l’explosion des objets connectés présente également plusieurs avantages. Ainsi, avec de meilleurs systèmes de gestion, la connexion entre espaces de vente et de stockage, le maintien de la chaine du froid ou la gestion des péremptions sont renforcés. Les équipes marketing vont également bénéficier de cette tendance. L’IoT représente à la fois de nouvelles opportunités, et un défi majeur : comment y voir clair dans une quantité exponentielle d’informations ? Avec le développement d’algorithmes d’apprentissage des machines les opérateurs téléphoniques ont par exemple développé leur réseaux selon la fréquentation de certaines zones. L’enjeu est de se rapprocher des consommateurs et de leur offrir des expériences plus personnalisées. Pour l’Economist Intelligence Unit, le secteur pèsera 4 billions de dollars en 2024.

La question de la confidentialité des données privées

La croissance sans précédent de données générées par nos usages des objets connectés pose toutefois la question de la sécurité des données personnelles. La CNIL révèle dans son rapport annuel qu’elle a reçu 7 700 plaintes en 2016 et 7 908 en 2015. 33 % des plaintes en 2016 ont concerné des abus de prospection marketing et 33% la diffusion des données privées sur Internet (âge, taille, poids, adresse…). En 2016, Google a reçu 225 000 demandes de déréférencement en France, conformément au droit à l’oubli. Il n’a répondu favorablement qu’à hauteur de 38 %. Suite aux refus, la CNIL a été saisie, comme les textes l’y autorise, pour 410 demandes, dont une centaine a été jugé recevable. L’émergence du « wifi-tracking », pour géolocaliser des personnes, notamment dans des commerces, salles de sport, lieux de restauration ou aéroports et établir leur profil consommateur, inquiète elle aussi.

Cette intrusion technologique dans la sphère privée n’est pourtant pas une fatalité. Un certain nombre d’objets connectés sont conçus de sorte à respecter au mieux la confidentialité de l’activité de leurs usagers. C’est notamment le cas des compteurs « Linky » d’Enedis. Ce nouveau boîtier communicant permet de relever la consommation des foyers à distance, depuis une centrale de distribution du réseau, tout en assurant un suivi et une interface pour que les usagers puissent la suivre et modifier leur contrat le cas échéant. La CNIL, qui a participé aux travaux du comité de pilotage et de suivi Linky, a émis un avis favorable au déploiement de ces nouveaux compteurs. Ainsi, les données ne peuvent pas être transmises à des tiers (notamment des sociétés commerciales proposant des travaux d’isolation) sans autorisation expresse du consommateur.

Concilier l’innovation technologique et la protection de la vie privée : tel est le défi aujourd’hui des « smart grids » (réseaux de distribution électrique, dits « intelligents »). Les compteurs communicants d’électricité ou de gaz, comme n’importe quel autre objet connecté, sont un des exemples de technologie promis à un rapide développement, s’attachant à améliorer le confort individuel des consommateurs, pour peu que les procédures de transparence, notamment sur l’utilisation des données, soient menées dans le respect des règles du droit.